Tout Juif qui se respecte, religieux ou séculier, ne peut plus garder le silence, voir pire, soutenir le régime sioniste, et ses crimes de génocide perpétrés contre le peuple palestinien...La secte sioniste est à l’opposé du Judaïsme. .................... Mensonge, désinformation, agression, violence et désobéissance de la loi internationale sont aujourd’hui les principales caractéristiques du sionisme israélien en Palestine.
Sommaire :
Mise en perspective historique
Les racines historiques de la Palestine
Le double front du mouvement national palestinien
Vers l’État d’Israël
Un double combat, contre l’occupant israélien, contre les visées hégémoniques des États arabes (1948-67)
L’autonomie du mouvement national palestinien (1968) et l’échec militaire
Vers le tournant stratégique
Les problèmes stratégiques du mouvement national palestinien
Les caractéristiques essentielles
Les principaux problèmes à résoudre
Quelle stratégie possible ?
Une construction progressive
1973-1974 : le grand tournant
Ce cahier est la réécriture d’un exposé présenté à l’« Université d’été » de l’AFPS organisée au cours de l’été 2004. L’objet est de faire mieux comprendre les problèmes spécifiques auxquels a été confronté le peuple palestinien pour faire valoir ses droits. Une histoire terrible. Il s’agit en particulier de mieux comprendre pourquoi le plus légitime des mouvements de libération, représentant un peuple privé de l’essentiel de son territoire pour réparer des fautes qui ne sont pas les siennes, et dont on a toujours tenté de miner la représentativité, a conservé le plein appui de son peuple. Il n’y a jamais eu de Pétain dans les territoires occupés. Il s’agit enfin de voir comment le mouvement national a été amené à prendre en compte la réalité de son ennemi usurpateur : Israël, vrai problème non réso- lu de la conscience européenne. Bien entendu, personne n’imagine pouvoir rouvrir la dispute sur l’existence de l’État d’Israël... C’est une réalité historique dont les origines ont été marquées de trop d’effusions de sang pour pouvoir imaginer les remettre en discussion. Il faut trouver un modus vivendi qui aille dans le sens d’une « coexis- tence égalitaire des ethnies » (Maxime Robinson). C’est ce qu’a proposé, avec quel éclat, le célèbre Conseil national palestinien d’Alger de novembre 1988. Cet itinéraire, exceptionnel pour un mouvement de libération, mérite d’être connu et compris par toute l’opinion européenne dont la conscience devrait être davantage interpellée par l’interminable souffrance palestinienne devrait secouer la conscience européenne.
Bichara et
Naïm Khader : Textes de la révolution palestinienne 1968-1974, Paris, Sindbad, 1975.
Olivier
Carré : L’idéologie palestinienne de résistance, Paris, Fondation nationale des Sciences politiques, 1972.
Olivier
Carré : Le Mouvement national palestinien, Paris, Gallimard-Julliard, coll. Archives, 1977.
Alain
Gresh : Histoire et stratégies. Vers l’État palestinien. Préface de Maxime Rodinson, Paris, SPAG-Papyrus, 1983.
Uri
Avnery : Mon frère l’ennemi. Un Israélien dialogue avec les Palestiniens, Paris, Liana Levi, 1986.
Nadine
Picaudou : Le Mouvement national palestinien. Préface de Maxime Rodinson, Paris, L’Harmattan, 1989.
Les textes de référence cités dans l’exposé, mais aussi des cartes, peuvent être consultés sur le site de l’Association France Palestine Solidarité :
Mémorandum du premier congrès des associations islamochrétiennes.
Le mandat
britannique, juillet 1922 .
Le Livre blanc,
mai 1939.
Résolution 181 sur
le partage .
Charte nationale
palestinienne, 1964 .
Charte nationale
palestinienne, 1968.
Programme
politique du douzième Conseil national palestinien, juin 1974.
Sommet arabe de
Rabat, octobre 1974 .
Déclaration du
Conseil national palestinienne, 15 novembre 1988 :.
Quand on étudie avec un minimum de prospective historique la question qui a longtemps été appelée « conflit arabo-israélien » mais qui, avec le temps, a pris toujours plus les contours d’une confrontation pour la terre de Palestine entre Arabes ou Palestiniens d’un côté, et Juifs ou sionistes ou Israéliens de l’autre, il est impressionnant de constater combien les constantes sont bien plus nombreuses que les variables.
Une question qui dure depuis plus d’un siècle et qui, dans beaucoup de ses composantes, semble toujours arrêtée à la case zéro. Il en est ainsi pour les données matérielles sur le terrain - les colonies, la démographie, la possession de la terre et de l’eau - et pour les aspects institutionnels de la souveraineté et du pouvoir.
Mais avec le temps, même la dimension plus spécifiquement idéologique - quel État, quelle nation, quels droits ? - reste encore incertaine et objet de passions presque intactes...
Enfin, y compris le problème de la légitimité qui semblait résolu par des actes officiels, comme les résolutions des organismes internationaux - d’abord la SDN et ensuite l’ONU - ou par des accords directs ou par médiation entre les parties, est toujours lourdement présent dans les consciences, interférant sur le jeu de la diplomatie. D’où la nécessité d’une approche historique permettant de mesurer l’évolution, en particulier en matière de stratégie, du principal intéressé, le mouvement national palestinien.
Ce mouvement s’est développé dans un contexte spécifique qu’il faut examiner pour comprendre sa singularité. Il est d’autant plus important de restituer l’histoire de cet acteur politique qu’est le mouvement national palestinien que lui, comme son histoire, ont été longtemps niés. Son histoire a été déformée, combattue et calomniée, ce qui la rend d’autant moins accessible et plus difficile à comprendre.
D’ailleurs, encore en 1988, au début de la première Intifada, Shimon Pérès, alors ministre des Affaires étrangères, déniait l’existence du mouvement national palestinien en déclarant que « l’idée selon laquelle il y a un conflit entre Israël et le peuple palestinien est une invention récente et l’agitation actuelle n’est qu’une phase additionnelle de la lutte arabe contre Israël. »
De plus et comme de tous temps, ce sont les vainqueurs qui ont écrit l’histoire de la région du Proche-Orient. Les Palestiniens eux- mêmes éprouvent des difficultés et rencontrent des obstacles pour écrire leur propre histoire et la faire connaître.
Or la Palestine a bien des racines et une histoire propre qui ont donné naissance à un véritable sentiment national, caractéristique de tout peuple qui veut se constituer en nation. Et l’émergence du sentiment national, cette reconnaissance d’une identité nationale, sont antérieures à la colonisation sioniste, même si l’affirmation de leur existence ne relève pas d’une totale évidence. Dans l’histoire vue par les Arabes, le mouvement palestinien est expliqué d’une curieuse façon. Même les manuels d’histoire diffusés en Palestine ne sont pas au clair avec le sujet.
Au VIIe siècle, au moment de la conquête arabe, la Palestine, partie du pays de Syrie, est une division administrative de l’empire byzantin. Le pays de Filastine est une transcription de la Palaestina romaine pour désigner une région de l’une des provinces de l’empire romain. Entité propre, elle recouvre le sud de l’ancienne Syrie auquel il convient d’ajouter la région située de part et d’autre du Jourdain.
On peut même remonter beaucoup plus loin dans l’histoire pour caractériser l’existence de cette entité, avec la présence avérée des Philistins sur ces territoires il y a plus de trois mille ans, sans aller jusqu’à se référer au mythe selon lequel les Philistins seraient eux- mêmes les descendants de Sem, lui même fils de Noé.
À partir de 1516, les Turcs constituent l’Empire ottoman qui va durer quatre siècles, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale et soumettent la Palestine. Celle-ci fait alors partie de la « province de Damas » elle-même divisée administrativement en trois vilayets (qui équivalaient à peu près à des départements dotés d’un préfet) et deux sandjaks (équivalent à une sous-préfecture). À l’intérieur de la province de Damas, la Palestine recouvre la vilayet de Beyrouth et le sandjak de Jérusalem.
Les habitants de cette région sont reconnus comme des Palestiniens à dominante arabophone et musulmane. Il s’agit d’un peuplement ancien, probablement de sangs mêlés notamment avec les familles juives, peu modifié dans sa composition et sa culture par les flux migratoires restés faibles durant la domination ottomane de ces quatre siècles.
Le sentiment palestinien s’exprime dans la continuité du mode de vivre et de la culture transmis entre générations et chanté et écrit par Mahmoud Darwish. Au-delà de ce sentiment, et qui le distingue déjà de ses voisins, c’est l’attachement à « son pays » composé de la Galilée, de Jérusalem et du littoral, plus précisément :
son fort
enracinement à sa terre, avec un sentiment profond d’appartenance à une région, à un « pays » (au sens où nous l’entendons à l’intérieur de nos régions françaises à dominante rurale),
porteurs d’une solidarité de proximité. À ne pas confondre avec l’appartenance à une nation, concept européen exporté ultérieurement au Proche-Orient ;
une appartenance à une loyauté nationale à l’intérieur de la communauté musulmane
incarnée par Istanbul, siège du sultan (le nationalisme ottoman avec sa composante religieuse dominante) d’où une fraternité à dimension religieuse.
Au XIXe siècle, on observe une montée des nationalismes au sein de l’Empire ottoman, y compris du nationalisme turc, similaire à celle qui se produit en Europe (naissance de l’Allemagne et de l’Italie...). Le nationalisme turc entraîne, par réaction, le développement de nationalismes locaux dans les provinces de l’Empire ottoman. Le concept d’État-nation, avec une identité culturelle, un peuple-un et une langue, s’impose progressivement.
De la naissance du mouvement national palestinien à la diaspora palestinienne de 1948
Contre la colonisation juive
Dans cette région de l’Empire ottoman, se développe une conscience nationale arabe avec comme centre stratégique la Syrie (le grenier à blé de la région) et la Palestine. Le congrès arabe de juin 1913 à Paris marque la naissance officielle du « réveil arabe », nationalisme marqué par un attachement à sa terre et au désir profond de se sentir chez soi. Pour la Palestine, se regrouper en tant que nation arabe prend une signification particulière : il ne s’agit pas seulement de se sentir chez soi mais aussi de ne pas laisser s’échapper cette terre face à la pression croissante des immigrants juifs.
En effet, cette naissance politique du nationalisme arabe dans la région a été précédée de réactions des représentants de la population locale contre les afflux d’immigrants juifs et leur comportement non respectueux de la population locale (accaparement des terres, éviction de leurs exploitants palestiniens...). Ainsi un groupe de notables de Jérusalem envoie-t-il un télégramme dès 1891 pour alerter le sultan, le pouvoir central ottoman, sur le comportement des immigrants juifs russes. Le sultan cherche à limiter cette immigration. Il accepte de nouveaux migrants à la double condition qu’ils deviennent citoyens de l’empire (qu’ils se fondent dans la population locale et renoncent à toute prétention à la création d’un État propre) et qu’ils paient leurs impôts. Dès cette époque commence pour la population palestinienne un combat sur deux fronts :
lutte contre
l’accaparement des terres par des colons juifs et pour freiner cet afflux susceptible de bouleverser la démographie de la région ;
double front puisqu’il faut lutter à la fois contre le colonisateur sioniste et
contre les fonctionnaires corrompus du pouvoir central ottoman qui laissent faire cette situation.
Des modifications de la loi ottomane sur la propriété foncière, intervenues en 1867 et en 1869, facilitent l’appropriation de la terre par des étrangers et donc l’implantation des colons juifs au détriment de la population locale, qu’elle soit propriétaire ou simplement ouvrière agricole (expulsion des fellahs des terres qu’ils travaillent au profit du travail réservé aux seuls juifs).
En 1911, se crée le Parti national ottoman (qui regroupe des Palestiniens, mais est dénommé ainsi pour ne pas froisser le sultan). Il a pour programme la lutte contre l’immigration juive, contre les ventes de terres et pour l’égalité de traitement en matière d’impôts, les colons juifs bénéficiant déjà d’exonérations fiscales.
En 1913, la Palestine se trouve donc au centre de l’émergence du nationalisme arabe et à la pointe du combat, car la population palestinienne est directement atteinte et menacée par la colonisation juive alimentée par des immigrants de l’Europe de l’Est et animée par le sionisme politique.
Dans ce contexte déstabilisant pour la région, survient la Première Guerre mondiale. Cette guerre, par le jeu des alliances entre grandes puissances va provoquer une série de bouleversements au Proche-Orient.
La Grande-Bretagne veut investir la région pour étendre son propre empire et protéger la route des Indes. Elle soutient le chérif de la Mecque (Hussein) dans sa quête de création de la future nation arabe avec la promesse de l’instauration d’un royaume arabe indépendant selon des frontières communément admises mais non explicitées de manière précise, pour accélérer la décomposition de l’Empire ottoman. Les Arabes considèrent d’abord la Grande- Bretagne comme un allié qui doit leur faciliter la conquête de leur indépendance par rapport au joug de l’Empire ottoman.
D’un autre côté, la même Grande-Bretagne passe un accord secret en 1916 avec la France « l’accord Sykes-Picot » aux termes duquel les deux puissances se partagent « l’influence » sur la région, le sandjak de Jérusalem devant avoir un statut international.
Toujours la même Grande-Bretagne soutient la prétention du mouvement sioniste à s’implanter durablement dans la région par l’instauration d’un foyer national juif (cf. la déclaration du 2 novembre 1917 de Lord Balfour).
La Palestine va donc connaître deux poussées nationales opposées l’une à l’autre qui se heurtent irrémédiablement dès 1918. En 1919, des notables palestiniens musulmans et chrétiens adressent une pétition commune à la conférence de la paix après la Première Guerre mondiale. Cette pétition est la reprise du mémorandum du congrès des associations islamo-chrétiennes qui s’était tenu à Jérusalem en janvier. Le premier paragraphe de cette pétition se prononce contre la déclaration Balfour et le risque qu’elle représente d’une installation d’un foyer national juif en Palestine. C’est la première manifestation collective structurée du mouvement national palestinien qui associe deux confessions : chrétiens et musulmans.
C’est dans ce contexte que se réunit en juillet 1919, le congrès national syrien, à Damas, qui vote un programme tendant à l’indépendance de la nation arabe unifiée, constituée en État. Cette nation devra recouvrir les territoires actuels de la Syrie, du Liban, de la Jordanie, de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et d’Israël. Une délégation palestinienne participe telle quelle à ce congrès, preuve de l’existence d’un mouvement national palestinien et de la spécificité de sa position. Mais la Syrie, par la voix de son dirigeant de l’époque tente déjà d’unifier les « pays de la région » en une nation et un État arabe sous son égide. C’est le projet de la Grande Syrie. Le congrès suivant en mars 1920, proclame Fayçal, roi d’un royaume constitutionnel arabe.
Fayçal, fils de Hussein le grand chef religieux de la Mecque, se considère depuis octobre 1918, après la promesse anglaise de soutien d’un royaume arabe, comme le chef d’une Syrie indépendante, bien que sous mandat français. Il se montre plutôt magnanime à l’accueil d’immigrants juifs mais ne veut pas (et pas plus que le sultan ottoman avant lui) d’un État juif. Par sa position, il introduit déjà la confusion dans la manière de régler le problème, puisqu’au lieu d’envisager les choses sous l’angle d’une Palestine arabe autonome, il se substitue au mouvement palestinien naissant pour projeter une « union arabe syrienne » qui intégrerait les migrants juifs avec tout leur apport pour l’économie de la région.
En avril 1920, à la conférence de San Remo, est officialisé et avalisé le partage franco-britannique de 1916 de l’ensemble arabe, désormais sous régime mandataire instauré par la Société des Nations. À la France, le Liban et la Syrie et aux Britanniques la Palestine et l’Irak. Les troupes françaises arrivent à Damas, les troupes britanniques à Jérusalem. La Grande-Bretagne ne respecte donc pas les délimitations de l’entité palestinienne puisqu’ils la divisent en deux, de part et d’autre du Jourdain, d’un côté la Palestine (à l’ouest du Jourdain - West Bank ou Cisjordanie) et de l’autre côté la Transjordanie (à l’est du Jourdain). Les Britanniques, qui dirigent de fait la région, confient la régence de la Transjordanie à Abdallah, le fils de Fayçal, promu émir de Transjordanie, après avoir évincé, de conserve avec les Français, l’émir Fayçal de Damas et l’avoir nommé roi de Bagdad.
Par contre, la Palestine désormais circonscrite à l’ouest du Jourdain n’a ni émir, ni roi et est soumise directement à l’administration britannique et non pas arabe comme promis par les Britanniques eux-mêmes qui nomment un haut-commissaire.
En 1922, la Société des nations reformule le mandat attribué à la Grande-Bretagne sur la Palestine en 1920, en introduisant la déclaration Balfour et en n’envisageant plus la perspective pour la communauté palestinienne arabe d’une nation indépendante, contrairement à l’esprit du paragraphe 4 de l’article 22 de la charte de la SDN adoptée en 1919. De fait la Palestine va se trouver ainsi sous administration britannique et non pas arabe : les Palestiniens s’estiment floués.
Contre l’occupation britannique
Dès 1922, le conflit colonial est désormais noué avec un mouvement palestinien de résistance contre l’occupant britannique et la colonisation juive. La résistance va s’amplifier et déboucher sur une révolte générale de 1936 à 1939, encouragée par un fort courant d’indépendance chez les peuples arabes.
Mais cette résistance doit se battre sur les deux fronts : l’occupant britannique et les vagues d’immigration sioniste porteuses de visées nationales et étatiques sur la région. Le conflit est bien perçu par ses protagonistes comme un conflit entre nationalismes : la délégation palestinienne composée d’Arabes musulmans et chrétiens qui s’était rendue au congrès de Londres en 1921 avait présenté une motion comportant les mots « une autre nationalité » pour qualifier les Juifs.
Le rejet politique du mandat britannique est un élément constitutif du mouvement national palestinien, qui ne s’est donc pas constitué d’abord contre l’État d’Israël (problème qui ne sera posé qu’à partir de 1948).
Par ailleurs, la Grande-Bretagne persévère dans sa politique de soutien à l’implantation d’un foyer national juif et encourage un morcellement de la Palestine de fait par l’appropriation du sol par les nouveaux colons, notamment les terres agricoles, au détriment de la population autochtone. La Grande-Bretagne permet même aux colons de s’organiser en entité collective autonome (sorte d’État dans l’État) par la mise en place d’un comité et le droit d’élire une assemblée représentative interne à la colonie juive (le Yishouv).
La résistance palestinienne va donc être d’abord une résistance paysanne, de lutte contre l’appropriation des terres par ces colons. Mais ce mouvement de résistance se présente, dans cette lutte, de manière dispersée. Il est composé de forces hétérogènes dans leurs dimensions familiales (claniques), sociales et politiques.
Deux grandes familles palestiniennes dominent la société palestinienne :
les
Nashashibi, grande famille d’anciens et gros propriétaires, pro-britannique et partisane de la dynastie hachémite (jordanienne et transjordanienne) ;
les Husseini, famille du grand mufti de Jérusalem nommé président du Conseil suprême
musulman de la Palestine, plus dure à l’encontre des occupants britanniques et des colonies sionistes.
Et puis, à l’intérieur de la société palestinienne, il y a le peuple des villes et celui des campagnes, avec leurs intérêts et problèmes spécifiques qui ne les font pas converger dans une position commune vis-à-vis des occupants. Une population sans direction politique spécifique et plutôt tiraillée et oscillant entre les deux familles. D’où une division interne durable du mouvement de résistance aux occupants britanniques et colons sionistes.
Sur le plan politique, une autre force compte dans la genèse du mouvement national palestinien : le Parti communiste palestinien créé en 1920 paradoxalement au sein d’une colonie juive et regroupant des Juifs et des Palestiniens. Il entend mener la lutte commune au prolétariat pour son émancipation. Il recouvre un réseau de militants implanté plus largement que dans le seul périmètre de la Palestine mandataire et recoupe plutôt celui de la Palestine historique (incluant la Transjordanie). Ce PC particulièrement actif, va exercer une forte influence au cours des années 1920-1930 avant de subir une rupture. Dès 1929, une révolte insurrectionnelle arabe dans plusieurs centres urbains (Hébron, Jérusalem...) mettant aux prises Palestiniens, sionistes et l’occupant britannique, provoque des tensions terribles au sein du parti communiste.
Plus généralement le mouvement national palestinien va être lui-même partagé sur la ligne de conduite à tenir du fait de l’hétérogénéité des forces qui le composent.
Les années 1930 sont les années du nazisme triomphant en Allemagne et par conséquent d’une immigration juive massive en Palestine.
Les années 1935 à 1939 vont alors être marquées par une résistance ouverte et de plus grande ampleur de la population palestinienne contre les occupants, considérée par la population palestinienne pour les uns, comme la première guerre d’indépendance, ou, pour les autres, comme la première Intifada. Les deux grandes familles de notables se trouvent débordées par une jeunesse qui ne voit plus d’avenir dans la situation d’alors, qui critique l’impuissance et la compromission des grandes familles palestiniennes et qui se politise, en se constituant en un ensemble de petites organisations secrètes.
Le congrès national de la jeunesse arabe de 1935 considère la Grande-Bretagne comme l’ennemi principal, la colonisation sioniste n’étant qu’une composante inséparable de l’occupation britannique. En particulier dès 1928, des responsables de jeunesse musulmans (comme son président Ezzedine al Qassam) mettent en place une organisation de résistance clandestine et confessionnelle musulmane (plus tard, le Hamas s’en inspirera). Elle sera particulièrement combative, au point que la Grande-Bretagne va faire machine arrière dans son soutien à l’implantation juive qu’elle entend désormais limiter avec le Livre blanc de mai 1939 (restrictions sévères de l’immigration juive et des ventes de terres) qui ne sera que partiellement appliqué puis remis en cause par la pression exercée par le mouvement sioniste auprès de Londres.
Mais ces succès contre l’occupation vont être balayés par la Deuxième Guerre mondiale et par les actes terroristes montés par les milices sionistes secrètes comme l’Irgoun, créée en 1931. Cette dernière en profite pour prendre le dessus et mener à son tour une guerre d’indépendance contre la Grande-Bretagne et de conquête de nouveaux territoires au détriment de la population palestinienne, jusque après la proclamation unilatérale de l’État d’Israël en 1948.
Dès lors l’affrontement direct entre deux nationalismes est inévitable. Il sera d’autant plus dur, que les Palestiniens sont profondément attachés à la terre de leurs ancêtres et que les Juifs n’ont pas de patrie propre et subissent des persécutions en Europe allant jusqu’au génocide nazi. Du côté juif, c’est la tendance dure de Jabotinsky, qui veut un État purement juif, pour les seuls et pour tous les Juifs. Du côté des dirigeants arabes, ce qui prédomine c’est la peur de perdre la Palestine arabe et aussi de voir naître un État palestinien indépendant, ce qui irait à l’encontre soit du projet de grande nation arabe, soit des visées de tel État arabe sur une partie de la Palestine. Les dirigeants arabes font donc pression sur la Grande-Bretagne pour qu’elle règle le problème.
Sous cette double pression sioniste et arabe, la Grande- Bretagne expose en 1942 un second projet de partition de la Palestine. Celui-ci est rejeté la même année par la « déclaration Biltmore » du mouvement sioniste (congrès du mouvement sioniste mondial à l’hôtel Biltmore de New York), qui exige un État pour les Juifs couvrant toute la Palestine et relié au Commonwealth. De son côté, Judas Magnes, président de l’université hébraïque de Jérusalem constate : « Un État juif ne peut se faire que par la guerre pour gouverner d’autres gens. »
En mai 1943, le Parti communiste palestinien, seul parti judéoarabe, se divise sur une base ethnique, entre les Arabes et les Juifs.
L’idée de partition sera finalement rejetée par les Palestiniens et par les sionistes.