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Tout Juif qui se respecte, religieux ou séculier, ne peut plus garder le silence, voir pire, soutenir le régime sioniste, et ses crimes de génocide perpétrés contre le peuple palestinien...La secte sioniste est à l’opposé du Judaïsme. .................... Mensonge, désinformation, agression, violence et désobéissance de la loi internationale sont aujourd’hui les principales caractéristiques du sionisme israélien en Palestine.

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Le débat stratégique palestinien2/2

La réalité de l’Holocauste

Un dernier mot à propos des enjeux actuels de ce débat historique. La postface rédigée par mon confrère Joseph Algazy éclaire, je crois, l’insertion des « nouveaux historiens » dans un mouvement qui va bien au-delà : la recherche ce qu’on appelle « post-sionisme ». Pour résumer, Israël doit-il en rester au sionisme traditionnel, et notamment s’attacher à demeurer un État juif ? Ou bien doit-il se doter d’une identité nouvelle, et en premier lieu devenir l’État de tous ses citoyens ? Inutile de souligner combien cette bataille est inséparable de celle qui oppose camp de la paix et camp nationaliste...

Mais la connaissance et la reconnaissance des conditions de cette double naissance - celle d’Israël et celle du problème des réfugiés palestiniens - est surtout au coeur de l’éventuelle réconciliation entre les peuples. La paix entre eux passe évidemment, à mes yeux, par la création d’un État palestinien souverain. Mais la réconciliation exige beaucoup plus : que toutes les parties au conflit assument leur histoire.

L’article qu’Edward Saïd a publié, au mois d’août 1998, dans Le Monde diplomatique mérite, de ce point de vue, d’être relu avec la plus grande attention. Dans cette réponse à ses amis arabes fascinés par Roger Garaudy, le grand intellectuel palestinien écrit notamment : « La thèse selon laquelle l’Holocauste ne serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs, et si nous nous avérons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision simpliste d’intellectuels “bien-pensants” qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël. »

« Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l’Holocauste - poursuit Saïd - ne signifie aucunement accepter l’idée selon laquelle l’Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire ; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens ! » [Edward Saïd, « Israël-Palestine : pour une troisième voie », Le Monde diplomatique, août 1998. ] Reste à préciser jusqu’à quel point les travaux des « nouveaux historiens » ont pénétré leur société. De prime abord, ils ont surtout choqué nombre de leurs concitoyens. Et pour cause : ce n’est pas sur une page d’histoire parmi d’autres qu’ils ont contribué à rétablir la vérité. Non, ce qui a été mis à nu, c’est bel et bien le « péché originel » d’Israël - pour reprendre l’accusation lancée par l’historien « orthodoxe » Shabtai Teveth contre Benny Morris. Le droit des survivants du génocide hitlérien à vivre en sécurité dans un État devait-il exclure celui des filles et fils de la Palestine à vivre, eux aussi, en paix dans leur État ? La réponse à cette question concerne le passé, bien sûr, mais aussi le présent. Car l’injustice commise ne peut-être réparée qu’en réalisant, avec un demi-siècle de retard, le droit des Palestiniens à une patrie.

Plus que les querelles de spécialistes, cet enjeu explique pourquoi le contre-feu s’organise, dès le début des années 1980. À peine les premiers articles de Benny Morris parus, ils suscitent une polémique, qui ne cessera pas. À l’origine de ces brûlots, on trouve d’« anciens historiens », qui campent sur leurs positions de l’époque, s’accrochant au caractère soi-disant volontaire de l’exil des Palestiniens et niant toute responsabilité des dirigeants du Yichouv, puis d’Israël. Tel ou tel pan de la version orthodoxe sera défendu, à des degrés divers, par Shabtaï Teveth, mais également par de plus jeunes spécialistes, comme Anita Shapira, Avraham Sela, Itamar Rabinovich ou Efraïm Karsh.

Parallèlement à ce débat d’idées, les coups bas ne manquent pas. Ainsi ses oeuvres vaudront à Benny Morris de perdre son poste de journaliste au Jerusalem Post. Et il lui faudra douze ans pour décrocher un poste universitaire, en l’occurrence à l’université David Ben Gourion de Beersheva. Mais les descendants du père fondateur exigeront - en vain - du recteur de ladite université qu’il licencie Benny Morris ou modifie le nom de son université ! L’intéressé, on l’a vu, a évolué depuis...

C’est qu’entre-temps, l’affrontement autour des thèses des « nouveaux historiens » a pris un caractère public. Après avoir été cantonné aux publications spécialisées, le plus souvent confidentielles, le débat a gagné les journaux, et notamment dans le quotidien Haaretz. Il est alimenté par la parution de plusieurs livres - à l’époque en anglais, soulignons-le : les premières traductions en hébreu n’apparaîtront qu’au début des années 1990.

Avec le cinquantième anniversaire de l’État d’Israël, en avrilmai 1998, c’est l’apogée : même la très conformiste série télévisée Tekuma (Renaissance), consacrée à l’histoire d’Israël, fait brièvement état, dans son émission sur 1948, de l’expulsion par Israël des civils palestiniens - avec des images inédites qui frapperont évidemment ses centaines de milliers de téléspectateurs...

Désormais, les thèses des « nouveaux historiens », si elles restent sans doute minoritaires, apparaissent incontournables : impossible de les ignorer. À preuve le nouveau manuel d’histoire d’Eyal Nave, publié à la rentrée de 1999. Tout en préservant, sur l’essentiel, la vision traditionnelle de la première guerre israélo-arabe, cet ouvrage n’en signale pas moins que le rapport de forces, à l’époque, était très favorable aux armées juives, et que celles-ci ont bien chassé nombre de Palestiniens.

Une opinion schizophrénique

Moins médiatisé, mais plus significatif encore est le livre intitulé "La lutte pour la sécurité d’Israël" [Colonel (de réserve) Benny Michalson, lieutenant-colonel (de réserve) Abraham Zohar et lieutenant-colonel (de réserve) Eppi Meltser, La Lutte pour la sécurité d’Israël (en hébreu), édité par l’Association israélienne d’histoire militaire, filiale de l’université de Tel-Aviv, avec la collaboration du département d’histoire de l’armée israélienne, Tel-Aviv, 1999. ]. Ses auteurs - un groupe de chercheurs issus des services de renseignement de l’armée, qui ont eu le privilège d’accéder à des documents couverts par la loi sur les secrets officiels - n’hésitent pas à égorger quelquesunes des vaches sacrées du pays. Ainsi, le livre ne souscrit pas à la thèse officielle selon laquelle les forces armées d’Israël étaient, en 1948, très inférieures à celles des armées arabes - selon les auteurs, Tsahal avait trente-deux mille combattants contre trente-deux mille cinq cents pour l’ensemble des forces arabes, néanmoins mieux armées - et reconnaît que le départ des Palestiniens n’a pas été volontaire.

L’arrivée au pouvoir d’Ariel Sharon et de son gouvernement, en 2001, a évidemment entraîné un net raidissement. Une des premières décisions de la nouvelle ministre de l’éducation du gouvernement Sharon-Pérès, Limor Livnat, a été de supprimer le manuel d’Eyal Navé. Et Ilan Pappé a été convoqué au printemps 2002 par le doyen de l’Université de Haïfa, où il enseigne, à une sorte de procès au terme duquel il risquait d’être exclu. Son crime ? Avoir appuyé Theodor Katz, dont la thèse démontre que l’armée israélienne a perpétré un massacre dans le village de Tantura, le 22 mai 1948. Devant la levée de boucliers nationale et internationale, le doyen a dû reculer. Mais nombre d’universitaires redoutent que l’extrême droite ne tente d’imposer une sorte de maccarthysme à l’israélienne...

C’est dire combien la droite et l’extrême droite craignent l’influence grandissante des « nouveaux historiens ». La percée de ceux-ci ne signifie cependant pas que, dans son immense majorité, la société israélienne ait répondu aux questions que lui pose son histoire. Sur l’essentiel, je crois qu’elle reste indécise : favorable à la paix, elle hésite à en payer le prix ; hostile à l’oppression religieuse, elle n’est pas pour autant prête à la séparation de la synagogue et de l’État ; rétive aux discriminations, elle envisage pourtant de retirer leur droit de vote aux citoyens arabes...

Faute de mesurer cette valse-hésitation structurelle, on ne saurait d’ailleurs comprendre le vote du 28 janvier 2003. Comme l’écrivait avec humour le pacifiste Uri Avnery, Israël est le seul pays au monde à compter deux fois plus d’habitants que les statistiques ne l’indiquent. Et pour cause : à en croire les sondages, 100 % des Israéliens - ou presque - soutiennent Ariel Sharon dans sa politique « antiterroriste », mais 100 % des Israéliens - ou presque - se prononcent pour une paix fondée sur le retrait des colons et des soldats des Territoires occupés et la création d’un État palestinien... À l’exagération près, c’est cela qui vient à nouveau de se produire : à défaut d’une perspective de paix solide, la plupart des Israéliens, traumatisés par la vague d’attentats-kamikazes, ont massivement voté pour ceux qui prétendaient leur apporter la sécurité.

Le tour de force réalisé par Ariel Sharon, c’est justement d’avoir fait oublier, dans ce domaine aussi, son bilan désastreux. À son arrivée au pouvoir, il y a deux ans, l’Intifada avait fait cinquante morts israéliens, et l’on en compte aujourd’hui plus de sept cents (et près de deux mille cent Palestiniens). Pour ne rien dire de l’économie, plongée dans sa plus grave récession depuis 1953. Ni de l’isolement régional d’Israël, dont la normalisation des relations avec le monde arabe, en cours depuis les accords d’Oslo, n’a pas résisté à la réoccupation des territoires autonomes. Voilà qui aurait dû détourner les électeurs du vote pour le Likoud. Si paradoxalement, ils lui ont offert un triomphe, c’est au nom de la défense du pays, et parce que nul ne proposait une alternative de paix crédible.

Le Parti travailliste, en particulier, ne pouvait incarner une autre politique. Comment prétendre représenter une opposition pacifiste à Ariel Sharon quand on a participé, durant un an et demi, au gouvernement d’union nationale dirigé par celui-ci, avec plusieurs ministères-clefs dont celui de la défense, et porté, à ce titre, la co-responsabilité de la pire des politiques anti-palestiniennes ? Ce handicap a pesé lourd sur Amram Mitzna, dont les propositions novatrices ne trouvaient, de surcroît, aucun relais dans la communauté internationale, et notamment à Washington - n’oublions pas qu’Itzkhak Rabin dut sa victoire, en 1992, à la conjonction des aspirations des Israéliens et des pressions de la Maison-Blanche. J’ajoute que, sur la plus longue période, le Parti travailliste a perdu les liens qui étaient les siens avec le coeur de la société israélienne des années 1950 et 1960, voire 1970 : il est progressivement devenu le parti de la bourgeoisie ashkénaze laïque, opposée aux couches populaires arabes et séfarades - un rôle que lui contestent désormais d’autres partis, notamment Shinoui.

Faute d’être placé devant un choix clair concernant l’avenir des relations israélo-palestiniennes et donc de l’État juif, l’électorat a voté en fonction des conflits internes qui secouent, depuis longtemps, sa société. Ainsi le succès du parti Shinoui exprime-t-il, par exemple, à la fois la montée du courant laïque face aux prétentions hégémoniques des partis religieux, mais aussi le retour en force des Juifs ashkénazes, renforcés par l’importante immigration russe, face aux revendications séfarades. Paradoxalement, la lutte entre les principaux groupes qui se disputent la direction de l’État d’Israël a plus passionné les électeurs que la reprise des négociations avec les Palestiniens, qui conditionnent pourtant son avenir à long terme...

Omniprésence du « transfert »

Il est trop tôt pour dire quel type de gouvernement sortira des urnes du 28 janvier. Certes, Ariel Sharon a mené sa campagne électorale en « modéré », partisan d’un État palestinien (ou plutôt d’un pseudo-État : 41 % seulement de la Cisjordanie, moins le territoire aux mains des colonies, Israël contrôlant frontières et espace aérien, totalement démilitarisé et doté d’une direction nouvelle...). Dans cet esprit, il s’efforce de reconstituer un gouvernement d’union nationale, avec les travaillistes et le shinoui qui cautionneraient ainsi, à l’intérieur et à l’extérieur sa politique. Mais le Premier ministre garde un autre fer au feu : un gouvernement de droite et d’extrême droite à participation ultra-orthodoxe, prêt à se lancer dans l’aventure d’un nouveau transfert.

J’ai cité en introduction cette phrase qu’il répète régulièrement : « La guerre d’indépendance de 1948 n’est pas achevée. » Que veut-il dire par là ? Non seulement l’État hébreu existe bel et bien depuis le 14 mai 1948, mais il est - militairement comme économiquement - plus puissant que l’ensemble de ses voisins. En réalité, le seul « travail » qui reste à « finir » - pour employer le vocabulaire de l’extrême droite israélienne -, c’est l’expulsion des Palestiniens.

Et, d’ores et déjà, les indices se multiplient :

-  le thème du « transfert » est omniprésent dans les médias israéliens ;
-  autrefois typique de la seule extrême droite, il est désormais porté par de nombreux partis de droite et bien des personnalités. Même le Likoud, autrefois plus prudent : ainsi le président du Likoud France et, depuis juin 2002, du Likoud mondial, Jacques Kupfer[Jacques Kupfer, Arouts7 (www.a7fr.com), 11 août 2002. ], évoquait récemment « ces squatters arabes en Eretz Israël, capables de produire autant d’assassins prêts à tout détruire et partout ». Et il affirmait : « Peut-être faut-il se rendre à la seule évidence : on ne peut plus vivre avec eux si tant est qu’ils aient le droit de vivre. Ce sera donc eux ou nous. La solution tellement regrettable et irréaliste du transfert risque de devenir la seule solution praticable capable de nous apporter la sécurité et plus tard la paix. L’histoire offre toujours les opportunités pour réaliser les rêves d’une nation. Encore faut-il savoir les saisir et ne pas rater les occasions comme nous l’avons malheureusement fait en 1948 ou en 1967 » ;

-  cette agitation politique, médiatique et intellectuelle - ajoutée aux effets ravageurs des attentats terroristes - n’est pas sans résultats : en deux ans, le pourcentage d’Israéliens favorables au « transfert » des Palestiniens est passé de moins de 10 % à plus de 40 % [Cf. l’historien militaire israélien Martin Van Creveld, Daily Telegraph, 28 avril 2002. ] ;

-  il faut aussi évoquer, sur le terrain, le harcèlement des Palestiniens par l’armée et les colons en vue de les forcer au départ. Symbolique apparaît le cas du village de Khirbet Yanoun, au sud de Naplouse, que les habitants ont quitté le 18 octobre 2002, avant d’y revenir sous la protection des militants pacifistes de Taayush (Vivre ensemble). « Le transfert - expliquent deux responsables de l’association, Gadi Algazy et Azmi Bdeir - n’est pas nécessairement un moment dramatique, où les gens sont expulsés et fuient leur ville ou leur village. [...] C’est un processus en profondeur, un processus rampant qu’on ne voit pas. [...] Sa principale composante est la destruction graduelle des infrastructures de la vie de la population civile palestinienne dans les territoires : c’est l’étranglement progressif par les bouclages et les sièges, qui empêchent les gens d’aller au travail ou à l’école et d’avoir accès aux services médicaux, qui barrent la route aux camions comme aux ambulances, renvoyant ainsi les Palestiniens à l’époque des ânes et des charrettes. [...] Et ce que les bouclages de l’armée ne réussissent pas à faire, les colons y parviennent : chaque nouvelle implantation ou avant-poste exige des mesures de sécurité, c’est-à-dire, aux yeux des colons, l’expulsion des Palestiniens des zones environnantes et la transformation de terres agricoles en terres de mort - quiconque les travaille ou y cueille des olives risque de le payer de sa vie. [...] Khirbet Yanoun n’est pas un cas isolé » ;

-  il faut enfin mentionner les indications d’ambassades et de consulats étrangers signalant une augmentation considérable du nombre de demandes de visas palestiniens - cent mille à deux cent mille auraient émigré en deux ans...

Un terrible dilemme

Autant d’indices qui doivent inciter à la plus grande vigilance : la guerre que Washington a décidé de mener, quoiqu’il arrive, contre l’Irak, surtout si Israël y était entraîné, pourrait créer les conditions d’un « transfert ». Amira Hass envisage, dans Le Monde diplomatique de février 2003, trois prétextes possibles : la chute de scuds irakiens, un méga-attentat terroriste, des manifestations palestiniennes qui dégénéreraient...

Certes, un transfert massif serait, pour l’armée et le gouvernement d’Israël, militairement et politiquement dangereux - il pourrait notamment ruiner l’image d’Israël dans le monde. Certes aussi, George W. Bush, soucieux d’élargir et de renforcer la coalition anti-irakienne, serait peu enclin à accepter une opération qui risquerait de mettre le feu aux poudres dans l’ensemble du monde arabe. Mais - de Qibya en 1953 à l’invasion du Liban en 1982, en passant par la guerre du Sinaï de 1956 et celle de 1973 - le curriculum vitae d’Ariel Sharon en témoigne : il n’a jamais hésité à dépasser les lignes rouges, même celles fixées par la présidence des États-Unis.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’objectif de toujours de l’extrême droite israélienne a pris un sens nouveau du fait de l’échec du processus de paix joint à l’évolution démographique. Bien que huit cent mille Palestiniens aient été contraints au départ en 1948-1949, suivis de trois cent mille autres en 1967, d’ici moins de dix ans, il y aura une majorité arabe dans le « Grand Israël », qui deviendra progressivement écrasante. Israël, « État juif et démocratique », fera face à un terrible dilemme :

-  soit il choisira la démocratie, et notamment accordera le droit de vote à tous les habitants, y compris Palestiniens, auquel cas ce ne sera plus un État juif ;

-  soit il tiendra à préserver son caractère juif, auquel cas il ne pourra pas être démocratique. Or l’imposition d’un véritable apartheid à une majorité arabe sans cesse plus large provoquera des soulèvements plus puissants encore que l’Intifada, auxquels l’armée israélienne réagira par une répression pire encore. Un tel scénario peut déboucher à terme sur l’écrasement des Palestiniens, mais aussi sur la disparition de l’État d’Israël.

À ce piège tragique, il n’y a, du point de vue israélien, que deux issues : soit la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël, qui permette aux deux peuples de coexister dans le respect de leur souveraineté et de leur sécurité, soit l’expulsion d’un maximum de Palestiniens du « Grand Israël » qui y préserve - pour quelques décennies - une majorité juive. Ariel Sharon et ses amis excluent évidemment la première solution, et rêvent sans doute de la seconde.

Le vieux général a même une idée précise de la destination vers laquelle il faudrait « déplacer » les Palestiniens : la Jordanie. Il a toujours affirmé que le royaume hachémite était destiné à accueillir les Palestiniens. Lors des affrontements de « Septembre noir » entre le roi Hussein et la Résistance palestinienne, en 1970, Ariel Sharon, alors commandant du front Sud, s’opposa au soutien accordé par Israël au « petit roi » contre les fedayin : il aurait fallu au contraire, expliqua-t-il, porter les Palestiniens au pouvoir à Amman pour y créer leur État et en finir ainsi avec cette question. Trente-trois ans plus tard, a-t-il changé de stratégie ?

Documents

Deïr Yassin

Ces Israéliens qui rêvent de « transfert »

Le vrai cauchemar du transfert

Dominique Vidal est rédacteur en chef adjoint au mensuel Le Monde diplomatique et auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient dont Les 100 portes du Proche-Orient (éd. l’Atelier, 1996), Palestine 47, un par- tage avorté (éditions Complexe, 1994) et Le péché originel d’Israël : l’ex- pulsion des Palestiniens revisitée par les « nouveaux historiens » israéliens (éd. l’Atelier, 2002). Il publie en mars 2003 Les 100 clés du Proche-Orient (avec Alain Gresh, éd. Hachette Pluriel) et Le Mal-être juif (éd. Agone).
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