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Tout Juif qui se respecte, religieux ou séculier, ne peut plus garder le silence, voir pire, soutenir le régime sioniste, et ses crimes de génocide perpétrés contre le peuple palestinien...La secte sioniste est à l’opposé du Judaïsme. .................... Mensonge, désinformation, agression, violence et désobéissance de la loi internationale sont aujourd’hui les principales caractéristiques du sionisme israélien en Palestine.

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Le débat stratégique palestinien //suite3

suite

La reconnaissance du fait israélien

Comment s’opère le passage de la reconnaissance théorique du fait israélien à sa reconnaissance pratique ? Comment se développe le dialogue (ne pas confondre avec négociation) entre Palestiniens et Israéliens ?

De 1967 à 1973, le dialogue entre forces politiques s’opère essentiellement d’une part entre les partis communistes israélien, palestinien et jordanien et d’autre part entre le FDPLP et le Matzpen.

Le 11 mai 1973, se tient à Bologne une conférence pour la paix et la justice au Proche-Orient. La délégation du PC palestinien reste bloquée au Liban. La délégation du côté israélien comprend le délégué du PC israélien et un petit groupe sioniste avec Uri Avnery et des personnalités comme Nathan Yalin Mor, un ancien du groupe Stern. Cette conférence débouche sur l’expression de la volonté de dialoguer avec les forces démocratiques en Israël. Or ceci implique la reconnaissance d’une réalité nationale et de dégager des principes d’entente pour aller vers une réalité binationale en Palestine.

En 1974, Hawatmeh et Saïd Hammami, en accord avec Yasser Arafat, proposent une rencontre entre Yasser Arafat et Nahum Goldman, président de l’organisation sioniste mondiale. Cette rencontre est finalement annulée du fait de l’opposition d’Itzhak Rabin.

Le 3 mai 1975, à la conférence de Paris sur la paix et la justice au Proche-Orient, les Palestiniens dont Ezzedine Kallak, représentant de l’OLP à Paris, et des Israéliens se rencontrent mais sans réel dialogue. Mais c’était un début considéré comme encourageant.

En juin 1976, les Palestiniens alliés aux forces progressistes libanaises sont en position d’influencer le cours des événements au Liban et, avec le soutien des forces islamo-progressistes, de prendre le dessus sur les forces chrétiennes. Profitant de cette situation de force, le comité central de l’OLP, réuni à Damas en décembre 1976 substitue à la notion ambiguë « d’autorité nationale combattante », celle « d’État national indépendant ».

Pendant ce temps, par l’entremise d’Henri Curiel, des Palestiniens de l’OLP ont engagé un dialogue secret avec des Israéliens et en particulier avec des sionistes de gauche. Du côté palestinien, c’est Issam Sartaoui, envoyé spécial de Yasser Arafat, et Sabri Geries, intellectuel, auteur d’un livre important sur les Arabes israéliens (Maspéro). Du côté israélien, l’interlocuteur est le Conseil israélien pour une paix israélopalestinienne fondé en 1975 à l’initiative d’Uri Avnery et la délégation est composée de Matti Peled, ex-général de réserve, Lova Eliav, ex- secrétaire du Parti travailliste, Jacob Arnon, économiste, et Meir Pail, secrétaire d’un petit parti sioniste de gauche, le Moked, sans oublier Uri Avnery. Des personnalités d’envergure internationale comme Willy Brandt, Pierre Mendès-France, le chancelier autrichien Bruno Kreisky, facilitent cette démarche de dialogue. Les discussions se poursuivent de décembre 1976 à mai 1977 et aboutissent à un communiqué du Conseil israélien pour une paix israélo-palestinienne qui officialise les contacts et qui propose des bases pour une solution du conflit acceptables par les deux parties.

Le treizième Conseil national palestinien, de mars 1977, se prononce en faveur d’un État palestinien indépendant sur la partie libérée des territoires palestiniens et adopte une résolution prônant « le dialogue et la coopération avec les forces démocratiques et progressistes juives, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la patrie occupée, qui luttent contre le sionisme en tant qu’idéologie et en tant que pratique ». Yasser Arafat commente cette résolution en élargissant la notion de « Juif contre le sionisme », « à ceux qui acceptent le retrait israélien des territoires occupés et l’établissement d’un État palestinien sur ces territoires ». Cette définition constitue une ouverture par rapport à la sécheresse du texte. Il a fallu calmer les remous suscités au sein du mouvement national palestinien par une telle prise de position.

La conférence des partis communistes à Prague, le 4 mai 1977, est la première occasion de rencontre officielle entre l’OLP et le PC israélien. L’objectif d’un seul État est maintenu en théorie, mais faute de perspectives de le concrétiser, le mouvement national palestinien reconnaît le peuple israélien et l’existence d’un État israélien pour un temps donné dans l’attente de la négociation d’un accord entre les deux parties pour l’avenir. Il y a donc reconnaissance de l’existence d’un peuple israélien et reconnaissance de fait pour ce peuple du droit de disposer d’un État pendant un temps donné après accord des deux peuples.

En 1978, Anouar el Sadate conclut un accord séparé de paix bilatérale Égypte-Israël, sous la tutelle des États-Unis à Camp David. Le but de cet accord, pour le président égyptien, est de couper tout lien stratégique avec la démarche du mouvement national palestinien de libération de la Palestine. Le but pour Israël est de déconnecter l’Égypte du conflit israélo-palestinien. En façade, l’Égypte continue à soutenir la cause palestinienne. L’OLP est évidemment opposée à cet accord et à la démarche diplomatique qui le sous- tend. Cet accord intervient au moment où l’Europe introduit l’OLP dans le jeu diplomatique, notamment à l’ONU, alors que les Palestiniens ont été exclus des négociations de Camp David. En parallèle, les discussions se poursuivent entre Palestiniens et Israéliens du camp de la paix, alors que la résistance s’affirme davantage en Cisjordanie. Une scission se produit dans le Parti communiste jordanien pour donner naissance au Parti communiste de Cisjordanie. C’est une nouvelle manifestation de l’autonomisation croissante du mouvement palestinien en Cisjordanie par rapport à la Jordanie. Parallèlement, l’Irak radicalise sa position et, avec l’aide du groupe Abou Nidal, élimine les cadres « modérés » du Fatah, dont Saïd Hammami et Ezzedine Kallak.

En 1982, ayant neutralisé l’Égypte par l’accord bilatéral, Israël s’attaque à son front nord au Liban et tente de liquider la structure militaire de l’OLP et y parvient presque totalement. Mais l’OLP acquiert alors une reconnaissance internationale, comme mouvement de résistance représentatif du peuple palestinien. Au contraire, l’image d’Israël en sort ternie, notamment après les massacres de Sabra et de Chatila, y compris au sein de l’opinion publique israélienne.

En 1982, la Ligue arabe, réunie en sommet (le douzième) à Fès, propose un plan de paix demandant au Conseil de sécurité des Nations unies de garantir « la paix entre les États de la région, y compris l’État palestinien indépendant » et le respect des principes qu’il énonce, notamment « le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à l’exercice de ses droits nationaux imprescriptibles et inaliénables sous la conduite de l’OLP, son représentant unique et légitime ».

En 1983, des délégations palestinienne (présidée par Yasser Arafat) et israélienne (le Conseil israélien pour la paix de Avnery, Peled), réunies à Tunis où l’état-major de l’OLP s’est replié, proposent des initiatives et actions communes pour promouvoir une solution politique du conflit. Cette déclaration provoque un tir groupé des opposants des deux bords. En décembre 1987, c’est le déclenchement dans les territoires occupés de l’Intifada, soulèvement populaire non-armé qui permet de démontrer à l’opinion internationale et israélienne la détermination palestinienne de construire son État en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est à côté de l’État d’Israël. La suite est connue, avec les pas accomplis de part et d’autre sous la pression diplomatique internationale et leur débouché sur la conférence de Madrid de 1991 et les accords d’Oslo. À partir de 1974, la stratégie du mouvement national palestinien est désormais tracée et, à travers des péripéties, des avancées et des reculs, sera mise en oeuvre jusqu’à maintenant.

En résumé, le mouvement national palestinien est passé par les phases suivantes :

-  avant 1967, la stratégie du mouvement national palestinien est centrée sur la perspective d’un retour à une Palestine mythique impliquant la disparition de l’État d’Israël et l’expulsion des colons qui s’opposeront à ce retour à la Palestine d’origine ;
-  après 1967, la question du retour à la Palestine d’origine passe par une phase transitoire de la création d’un État démocratique où coexisteraient musulmans, juifs et chrétiens, l’avenir des juifs étant fonction de leur choix de soutenir ce processus démocratique ou de poursuivre la démarche de l’occupant sioniste ;
-  à partir de 1970, se développe un processus d’insertion, très progressif, de l’OLP, jusqu’alors composé d’exilés, dans le jeu international, allant de pair avec la montée en puissance des forces de résistance en Cisjordanie et à Gaza et au sein du mouvement national palestinien ;
-  à partir de 1974 et à la suite de la guerre de 1973, le mouvement national palestinien s’oriente, par nécessité, vers la voie diplomatique et celle d’un compromis le conduisant à accepter le plan de partage de 1947 et l’instauration d’un État sur une partie seulement de la Palestine. Ce choix suppose de fait la reconnaissance d’Israël comme communauté nationale ayant droit à une structure propre au peuple israélien d’origine juive et de langue hébraïque, c’est-à-dire à un État.

Ainsi, la formation d’un État pour les Arabes est désormais demandée par la direction de l’OLP comme couronnement du nationalisme palestinien et remède « souverain » (c’est le cas de le dire...) à l’oppression et aux injustices insupportables de l’occupation. Et comme l’État palestinien devra naître à côté de l’État d’Israël sur une partie de la Palestine et non en lieu et place d’Israël, on peut dire qu’implicitement l’objectif avancé est une sorte de réhabilitation du partage qu’à la fin du mandat les Arabes ont refusé en tournant le dos aux résolutions de l’ONU qui instituaient deux États avec un statut spécial pour Jérusalem. En outre, sur la question guerre-paix, il y a eu une évolution remarquable : on est passé de la priorité à la lutte armée à la priorité à la politique.

Comme mouvement de guérilla, l’OLP a été régulièrement défaite et elle n’a aucune possibilité de menacer sérieusement Israël. Tous ses efforts militaires, surtout ceux menés au Liban, ont eu seulement pour objectif de tenir en vie une structure organisationnelle pour donner aux Palestiniens de la Cisjordanie et de Gaza un point d’appui politique. Le choix de l’Intifada non armée en 1987 avait pour objectif d’articuler initiative diplomatique et mouvement politique de masse pour ouvrir enfin une négociation. La bataille pour permettre à l’OLP de réaliser ses objectifs est fondamentalement articulée sur la perspective d’une solution négociée. Avec l’unité et l’autonomie du mouvement auxquelles il a tout subordonné (objectifs, formes de luttes et alliances), Yasser Arafat a pu ainsi revendiquer la tenue d’une conférence internationale qui se tiendra finalement à Madrid en 1991. Sans garantir cependant les résultats parce que l’opposition de ceux qui ne veulent pas faire passer la confrontation au niveau de la politique reste diffuse et vigoureuse. Parce que aussi, sur le plan des négociations, les propositions avancées par Israël et les États-Unis sont très loin de donner les garanties nécessaires à la réalisation des droits des Palestiniens tels qu’ils sont fixés par le droit international.

Après une telle évolution et dans un contexte de tensions internes au mouvement, au sein d’une population palestinienne dispersée qui ne vit pas les mêmes problèmes, dans un environnement arabe chaotique, avec la pression constante de la stratégie de conquête et d’annexion israélienne, il s’avère particulièrement difficile de préserver l’unité du mouvement national palestinien et de sa ligne stratégique. Pourtant l’unité a été préservée et cette stratégie reste toujours à l’oeuvre aujourd’hui.

Épilogue

Aujourd’hui, après la disparition de Yasser Arafat, on peut dire que ce qui a caractérisé sa pensée et son action aura été à la fois la complexité et les tournants parfois improvisés et simplificateurs avec lesquels il a voulu et pu régler des problèmes stratégiques apparemment inextricables et les urgences continuelles quasi quotidiennes pour une des situations les plus dramatiques qu’un peuple ait subie au XXe siècle.

Peu comme lui, dans la vie ou dans la mort, ont représenté et reflété les conditions de leur peuple. Ses oscillations, entre silences et longues déclarations, entre lutte armée et lutte politique, entre succès remarquables et échecs cuisants, entre rigueur et concessions, entre poussée révolutionnaire et aspiration à fonder un État, décrivent le caractère général de la question palestinienne comme problème incontournable et non comme obstacle comme on a voulu le faire croire, pour faire sortir la région de la phase post-coloniale.

Sa disparition ne crée pas mais au contraire met au premier plan tous les problèmes que le mouvement national palestinien affronte avec les circonstances aggravantes d’une occupation de plus de trente-sept ans et d’une transformation historique du scénario international : un monde monopolaire où la guerre préventive « contre le terrorisme » a remplacé brutalement toute référence au droit international. Dans le groupe dirigeant palestinien installé depuis dix ans sur le territoire palestinien occupé et non plus en exil, l’après Arafat réouvre le débat et remet au centre les choix politiques à faire sous la pression militaire de l’ennemi. Une situation qui pèse lourdement sur l’autonomie réelle à un moment où le peuple palestinien n’est plus disposé à déléguer ses pouvoirs à Abou Mazen, le nouveau chef élu de l’Autorité palestinienne, comme il l’a fait pour Yasser Arafat du fait de son statut spécial.

[1] Comme le relève Olivier Carré dans son ouvrage sur L’idéologie politique de la résistance palestinienne - 1972 : « En fait, une contradiction ne sera jamais résolue : il s’agit du respect total de la nationalité juive dans la future Palestine en même temps que son intégration dans la nation arabe. Le nationalisme, voire le chauvinisme, arabe remplace le nationalisme et le chauvinisme juifs alors qu’on prétend abolir tout chauvinisme dans la Palestine idéale » p. 105.

Bernard Ravenel, historien est président de l’AFPS (Association France Palestine solidarité) et membre du comité de rédaction des revues Confluences Méditerranée et Damoclès.
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