Le Département d'Etat a annoncé hier, après des semaines de spéculation, la nomination de Dennis Ross comme Conseiller Spécial pour le Golfe et l'Asie du Sud Ouest auprès de la Secrétaire
d'Etat Hillary Clinton. La dénomination "Golfe" au lieu de Golfe Persique, terme géographique internationalement utilisé, si elle est volontaire - mais certains disent que la seule façon pour
les Américains d'apprendre la géographie c'est via les guerres qu'ils mènent - constitue déjà une insulte à l'histoire du peuple iranien, envoie un message négatif à Téhéran, et signale un
profond manque de respect de la part de l'Administration Obama . Le porte parole du Département d'Etat, Robert Wood a déclaré : " c'est une région où
l'Amérique mène deux guerres et est confrontée aux défis d'un conflit en cours, au terrorisme, à la prolifération, l'accès à l'énergie, le développement économique, et le renforcement de la
démocratie et du règne de la loi". Cette déclaration aurait pu être faite, mot pour mot, par un porte parole de l'ancienne Administration Bush. Ross est chargé selon Wood, de fournir à
Clinton " conseils stratégiques et perspectives sur la région, offrir des estimations de même qu'agir pour s'assurer d'une politique effective d'intégration
dans la région". Certains minimisent son influence en disant que a) il n'a qu'un rôle de conseiller et non de façonneur de politique, et b) qu'il est cantonné au Département d'Etat,
doit rendre compte à Hillary Clinton seule et ne sera donc pas en contact direct avec Obama. Mais, connaissant la position de Clinton sur l'Iran (elle avait appelé à éradiquer Téhéran si
l'Iran attaquait Israël) nulle doute qu'il sera entendu. En fait, le tandem Ross -Clinton risque plutôt de faire dérailler les tentatives de rapprochement US Iran, ce que souhaite vivement
Tel Aviv.
Ross un protégé du Sioniste et Néo Conservateur Paul Wolfowitz
Ross, diplomé d'UCLA, ancien spécialiste de l'Union Soviétique sur laquelle il a écrit plusieurs livres, a débuté sa carrière politique au Pentagone sous la tutelle d'un autre Sioniste et Néo
Con de renom, Paul Wolfowitz, sous l'Administration Carter. Wolfowitz, connu pour avoir pousser l'Administration Bush Junior à attaquer l'Irak en 2003, avait chargé Ross d'établir un rapport
pour fournir des estimations concernant les menaces aux intérêts américains dans le Golfe Persique. Ce rapport, publié en 1979, intitulé " Limited
Contingency Study" concluait que, mis à part l'Union Soviétique, l'Irak était un ennemi clé pour les champs pétroliers dans la région. Dans un livre publié en 2004, "The Rise of The Vulcans", James Mann écrivait que cette étude , selon lui, était " la première étude approfondie réalisée par
le Pentagone sur le besoin pour les USA de défendre le Golfe Persique", et serait considérée comme " jouant un rôle dominant pour changer la politique
militaire américaine à l'égard du Golfe Persique dans les décennies à venir".
Quand Paul Wolfowitz a été sélectionné pour diriger le personnel du bureau de planification de la politique au Département d'Etat après l'élection de Ronald Reagan, il a inclus Ross dans son
équipe d'assistants, qui, selon Mann, deviendrait au cours des deux décennies suivantes, " le coeur d'un nouveau réseau néo conservateur au sein de la
bureaucratie supervisant la politique étrangère".
Les liens de Ross avec les néo conservateurs se sont approfondis avec les années, se manifestant de façon très prononcée après les attaques du 11 Septembre. Ross a soutenu l'invasion de
l'Irak en 2003
Envoyé très spécial au Moyen Orient, où, dans les négociations - qui ont échoué - il s'est toujours fait l'avocat d'Israël
Plus connu à l'étranger comme l'envoyé spécial au Moyen Orient de l'Administration Clinton, ses tentatives pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien ont été un échec. Ross a
accusé les Palestiniens, notamment Arafat, d'intransigeance, mais d'autres responsables politiques ayant participé à ces discussions l'ont accusé lui. Dans leur livre "Negociating Arab-Israeli Peace" Daniel Kurtzer - un pro sioniste ancien ambassadeur US à Tel Aviv qui a également servi de conseiller d'Obama pendant sa campagne
pour les présidentielles- et Scott Lasensky ont cité un certain nombre de responsables politiques qui sous couvert d'anonymat se sont montrés trés critiques à l'égard de Ross. Said, un
négociateur arabe a dit : " la perception c'était toujours que Dennis 'Ross commençait en s'attachant à la ligne de fond israélienne, qu'il écoutait ce
qu'Israël voulait et puis essayait de le vendre aux Arabes.. Il n'a jamais été considéré...comme une personnalité de confiance sur la scène mondiale ou comme un médiateur honnête." De
même, un ancien représentant de l'Administration Clinton a dit aux auteurs cités ci dessus : " à la fin les Palestiniens ne faisaient pas complètement
confiance à Dennis... Ils pensaient qu'il penchait trop vers les Israéliens". Selon l'un des fonctionnaires travaillant sous ses ordres il agissait comme "l'avocat d'Israël".
"La politique de : "pas de surprise" par laquelle nous devions procéder pour tout en faisant passer en premier les intérêts d'Israël, a enlevé à notre
politique toute l'indépendance et toute la flexibilité nécessaires pour faire la paix" a écrit le diplomate US, Aaron David Miller en 2005. " Si nous
ne pouvions pas mettre des propositions sur la table sans d'abord vérifier avec les Israéliens, et faire pression quand ils disaient non, quelle efficacité cette médiation pouvait-elle avoir
?. Bien trop souvent, particulièrement quand il s'agissait de diplomatie israélo-palestinienne, notre point de départ n'était pas ce qu'il fallait pour atteindre un accord acceptable pour les
deux parties mais seulement ce qui l'était pour l'une d'entre elles - - Israël".
Ross, lié par son cordon ombilical à l'AIPAC
Après sa participation à l'Administration Clinton, Ross a travaillé comme consultant pour le Washington Institute For Near East Affairs, (WINEP) une
boîte à penser étroitement liée au Lobby Sioniste Juif Américain AIPAC.
Ross a servi comme co organisateur du Groupe de Travail Présidentiel Sur le Futur des Relations US-Israël du WINEP qui a publié en Juin 2008 un
rapport : "Strengthening the Partnership: How to Deepen U.S.-Israel Cooperation on the Iranian Nuclear Challenge - Renforcer le Partenariat : Comment
Approfondir la Coopération US-Israë Face au Défi Nucléaire Iranien". Ce rapport a été signé par un certain nombre de dirigeants politiques Démocrates et Républicains, de même que par
plusieurs Néo Conservateurs dont l'ancien directeur de la CIA, James Woolsey, et plusieurs Conseillers d'Obama lors de sa campagne présidentielle, dont Anthony Lake, Susan Rice ( nommée
ambassadrice US à l'ONU) et Richard Clarke.
Ross a également aidé à la rédaction d'un autre rapport en 2008 intitulé "Meeting the Challenge: U.S. Policy Toward Iranian Nuclear Development,"i
publié par un groupe d'études rassemblé par le Bipartisan Policy Center, un groupe dirigé par plusieurs ex Sénateurs. Ce rapport affirme que malgré
les garanties données par l'Iran quand à la nature pacifique de son programme nucléaire, le but de Téhéran c'est de développer des armes nucléaires et par conséquent l'Iran est "une menace pour les US, et la sécurité mondiale, la stabilité régionale, et le régime de non prolifération international". Comme le rapport du WINEP, il affirme
que la "dissuasion du type Guerre Froide" dans le contexte du programme iranien est inefficace à cause de "l'idéologie extrémiste" de la République Islamiste. "Même un programme pacifique d'enrichissement d'uranium placerait toute la région du Moyen Orient sous un nuage d'ambiguïté étant donné l'incertitude existante sur les
capacités et les intentions de l'Iran."
Parmi les propositions faites dans ce rapport : un renforcement majeur militaire dans le Golfe, faire pression sur la Russie pour qu'elle cesse son assistance en matière d'armement à l'Iran,
et, si les US acceptent d'avoir des discussions directes avec l'Iran sans insister pour que le pays stoppe d'abord l'enrichissement d'uranium, prédéterminer une date butoir pour le respect
par l'Iran des exigences d'abandon de son programme nucléaire, et se préparer à appliquer des sanctions encore plus sévères qui pourront mener finalement à des frappes militaires contre
l'Iran.
Jim Lobe, spécialiste du nucléaire iranien qui écrit régulièrement pour l'Inter Press Service, a appelé ce rapport "une feuille de route pour la
guerre" et ajouté : " en d'autres termes, si Téhéran n'est éventuellement pas prêt à abandonner définitivement son programme d'enrichissement
d'uranium sur son propre territoire - une position que l'Iran rejettera certainement ab initio - la guerre devient inévitable, et toutes les étapes intermédiaires , même l'inclusion de
discussions directes si le président choisit de le faire, seront vaines... Comment se fait-il qu'un haut conseiller d'Obama signe un tel rapport ?" Et on peut ajouter et est nommé par
Obama comme Conseiller Spécial chargé de lancer un "dialogue avec l'Iran ?!
Ce rapport avertit également que " les Européens rendent une guerre encore plus probable s'ils ne renforcent pas les sanctions contre l'Iran et mettent
effectivement fin aux relations commerciales" et précise que :"seulement si les dirigeants politiques israéliens sont persuadés que les dirigeants US
et européens font en sorte que la République Islamique n'obtienne pas d'arme nucléaire, alors seulement dans ce cas là les Israéliens n'attaqueront pas l'Iran indépendamment".
Ross co fondateur de United Against Nuclear Iran UANI (http://www.unitedagainstnucleariran.com)
Alors même que la campagne pour les présidentielles battait son plein, Ross a co fondé un groupe intitulé "United Against Nucléar Iran" (UANI) qui se
définit comme un programme de l'American Coalition Against Nuclear Iran, Inc., une coalition comprenant des individus et des organisations , dont
certaines défendant les droits de l'homme, ainsi que des groupes humanitaires, des représentants de divers groupes ethniques et religieux. Son but c'est d'empêcher l'Iran de réaliser son
ambition de devenir une super puissance régionale possédant des armes nucléaires.
Sur son site, l'"UANI remercie Dennis Ross pour son engagement, son service et ses capacités de dirigeant et le félicite pour sa nomination."
Ross pour "dialoguer" avec l'Iran ?! Obama ne veut pas dialoguer mais imposer son dictat aux Iraniens
Ross a affirmé qu'il fallait s'adresser directement au décideur en matière de nucléaire iranien, non pas au Président Mahmoud Hamadinejad, mais à l'Ayatollah Ali Khameini, le seul a pouvoir
autoriser et faire executer l'ordre de suspension du programme nucléaire iranien et du soutien de l'Iran à la résistance du Hamas et du Hezbollah. il a également projeté de faire pression sur
les états européens pour qu'ils se montrent plus intransigeants en ce qui concerne les sanctions contre l'Iran.
" Le point essentiel c'est de comprendre que la voie à suivre c'est celle menant au dirigeant suprême" a dit Ross, notant que Washington aurait
probablement besoin d'engager secrètement des contacts, d'avoir recours à une tierce partie.
Mais il est peu probable que l'Ayatollah lui-même revienne sur ce qui est considéré dans les plus hautes sphères décisionnelles iraniennes comme un point de non retour. De plus, les Iraniens
savent très bien pour le compte de qui travaille Dennis Ross, et sa nomination à ce poste ne fera que rendre les résultats d'un éventuel "dialogue" encore plus incertains. Mais peut être est
ce pour cela qu'Obama l'a nommé à ce poste?
D'ailleurs, pour contrer l'argument que cette inititative courait à l'échec car Téhéran avait affirmé à maintes reprises qu'ils ne stopperaient pas leur programme nucléaire qu'ils
considèrent, à juste titre d'ailleurs puisque l'Iran est signataire du TNP, comme un droit, des proches conseillers d'Obama ont répliqué qu'une telle initiative ne ferait qu'unifier la
communauté internationale et qu'en cas d'échec la responsabilité serait rejetée sur l'intransigeance de l'Iran, ouvrant la porte à des sanctions beaucoup plus sévères, voire plus.