Tout Juif qui se respecte, religieux ou séculier, ne peut plus garder le silence, voir pire, soutenir le régime sioniste, et ses crimes de génocide perpétrés contre le peuple palestinien...La secte sioniste est à l’opposé du Judaïsme. .................... Mensonge, désinformation, agression, violence et désobéissance de la loi internationale sont aujourd’hui les principales caractéristiques du sionisme israélien en Palestine.
DROITS DE L'HOMME - La définition et la catégorisation des crimes de masse posent le problème de leur distinction ou de leur hiérarchisation. Avec le risque de les
banaliser.
«Il y a des choses qui sont indicibles. Le réel est fou. Nous, ça peut aller. Mais le réel, lui, il trimballe une folie, vous ne pouvez pas savoir. On ne peut pas inventer toutes les situations
invraisemblables qui existent dans le réel. Le réel est bien plus fou que la plus folle des imaginations.» «Le mot génocide est cruellement, honteusement banalisé. Mais je crois que pour les
Rwandais, malheureusement, là, c'est le mot qui convient.»
Boris Cyrulnik, Nonobstant, France Inter, 24 novembre 2008.
Ces propos de Boris Cyrulnik, spécialiste des situations traumatiques et de la résilience, nous servent à poser le problème difficile et complexe de la concurrence des victimes et du partage des
mémoires blessées. Certes, le réel est fou, mais toutes ses folies ne sont pas de même nature. Dès lors, comment les affronter toutes, et les reconnaître toutes, sans tomber dans des amalgames
qui ne nous laisseraient plus aucune chance de les interpréter?
Par mémoires blessées1, nous entendons des mémoires traumatiques qui le sont doublement: lorsqu'elles sont enfouies et niées; et lorsque la souffrance de leurs victimes ne donne lieu à aucune
reconnaissance.
Mais s'il s'agit bien de reconnaître toutes les souffrances et tous les traumatismes de ceux qui en ont été victimes, comment s'en tenir à une catégorisation qui évite à la fois de banaliser les
crimes de masse et de les mettre tous sur le même plan? Un mécanisme de banalisation cruel et honteux émerge lorsque les concepts qui ont été forgés pour désigner des crimes abjects sont utilisés
à tort et à travers. Ce qui est d'autant plus vrai que la reconnaissance des souffrances traumatiques ne dépend pas seulement de l'attribution de telle ou telle catégorie de crimes aux actes des
bourreaux qui les ont provoquées. En effet, ce n'est pas tant la souffrance qu'il faut catégoriser, ce sont plutôt les mécanismes des crimes de masse.
Rafaël Lemkin et les génocides
L'assemblée générale des Nations Unies a approuvé le 10 décembre 1948 la Déclaration universelle des droits de l'homme. Elle avait aussi approuvé la veille les 19 articles d'une Convention sur la
prévention et la répression du crime de génocide. Le juriste Rafaël Lemkin (1900-1959) a été l'un des premiers à percevoir la nécessité de qualifier le caractère spécifique de certains crimes de
masse du XXe siècle. Il s'est ainsi beaucoup engagé pour faire introduire cette convention. Des hommages mérités lui ont récemment été rendus.
Lemkin a étudié minutieusement les crimes nazis. Il a refusé de les considérer comme «indicibles», considérant qu'il était possible de les décrire et de les catégoriser. Il a vécu son enfance
dans une région de Pologne qui était, selon ses propres écrits, une contrée «dans laquelle des nationalités différentes vivaient ensemble depuis des siècles. Elles ne s'aimaient pas et souvent
s'affrontaient, mais en dépit de ces tumultes éprouvaient un amour profond pour leurs villes, leurs collines et leurs rivières.» En outre, il avait été frappé par les terribles massacres
qu'avaient subis les Arméniens.
«De nouvelles conceptions exigent des termes nouveaux, écrit alors Lemkin en 1944. Par 'génocide', nous entendons la destruction d'une nation ou d'un groupe ethnique. Ce nouveau terme, créé par
l'auteur, pour désigner une vieille pratique dans sa forme moderne, est formé du grec ancien genos (race, tribu) et du latin cide (qui tue), et renvoie dans sa formation à des mots tels que
tyrannicide, homicide, infanticide, etc. D'une manière générale, le génocide ne signifie pas nécessairement la destruction immédiate d'une nation, sauf quand il est accompli par un massacre de
tous ses membres. Il signifie plutôt la mise en oeuvre de différentes actions coordonnées qui visent à la destruction des fondements essentiels de la vie des groupes nationaux, en vue de leur
anéantissement.»
La catégorisation des crimes de masse
Deux ans plus tard, Lemkin précise encore que, selon lui, «de par sa nature juridique, morale et humaine, le génocide est à considérer en tant que crime international. La conscience de l'humanité
a été profondément choquée par ce genre de barbarie de masse.» C'est-à-dire qu'il doit nécessairement être défini et traité dans le contexte de la future Organisation des Nations Unies.
De l'oeuvre de Lemkin, on retiendra donc cette lutte pour la reconnaissance de la spécificité du crime génocidaire. Mais cette posture, nécessaire, mène tout droit au problème de la
catégorisation des crimes de masse et de leur comparaison. Quels sont, en effet, parmi ces crimes, ceux qui doivent être qualifiés de génocide? La question est complexe et ne va pas de soi. Elle
peut provoquer des dérives. Dans ses propres réflexions, Lemkin n'était lui-même pas très clair. «En fin de compte, note l'historien Anson Rabinbach, l'une des raisons majeures de l'ambiguïté du
terme 'génocide' réside dans le fossé considérable entre l'exemple donné par Lemkin en 1944 et son fréquent recours à des cas culturellement plus limités pour lesquels il plaide en faveur des
droits des minorités (...)». Par exemple, l'agression contre la nation polonaise, si destructrice fût-elle, ne relevait pas d'une destruction biologique systématique comme c'était le cas pour les
Juifs. Des distinctions devaient donc s'établir. Et le fait qu'elles n'aient pas été affirmées d'emblée explique qu'en 1948, Lemkin se soit retrouvé confronté à une résistance des Etats-Unis qui
craignaient d'être condamnés pour des actes de lynchage de Noirs survenus sur leur territoire. La notion de génocide allait donc devoir être précisée davantage2.
Ne rien banaliser
Les textes de référence du droit international s'accordent aujourd'hui encore pour établir une hiérarchie des crimes de masse selon trois catégories: les crimes de guerre, les crimes contre
l'humanité et les génocides3. Mais leurs définitions respectives restent encore imprécises et soumises à discussion. Ce qui ne va pas sans entraîner des usages dans l'espace public qui peuvent
poser problème.
Peut-on par exemple parler de génocide pour des massacres de population antérieurs au XXe siècle? Selon quels critères les crimes d'une dictature sont-ils à désigner comme des crimes contre
l'humanité? Quels sont les crimes de l'histoire qui ont vraiment un caractère génocidaire? Comment répondre à ces questions? Faut-il les laisser ouvertes?
L'un des effets de cette imprécision persistante, et des catégorisations abusives qu'elle rend possibles, consiste à déplorer une victimisation de nos sociétés, c'est-à-dire une présence
excessive de la figure victimaire qui empêcherait la critique historique de se faire entendre. Même l'un des meilleurs spécialistes des problématiques de la mémoire s'est récemment exprimé dans
ce sens en Espagne en évoquant l'action du juge Baltasar Garzón pour faire condamner les crimes du franquisme4. Il l'a certes fait avec beaucoup de nuances. Mais c'est quand même donner là bien
peu d'importance à cette reconnaissance de la souffrance des victimes que le principe de l'amnistie n'avait plus rendue possible dès la période de transition qui a suivi la mort de Franco. En
outre, cette stigmatisation de la figure victimaire ne rappelle-t-elle pas celle de l'affirmation de ses droits par l'individu démocratique dans laquelle se complaît une certaine intelligentsia
dominante, et que le philosophe Jacques Rancière a si bien mise en évidence5?
La lutte pour la reconnaissance des souffrances traumatiques est tout à fait légitime. Elle peut se déployer dans les champs politique ou judiciaire, ou dans le cadre de la recherche historique.
Mais, évidemment, et c'est bien ce qui rend cette question complexe, elle perdrait toute légitimité si elle devait limiter l'autonomie de la recherche et de la critique historiques. Car ce n'est
ni aux politiques, ni aux juges, d'imposer une interprétation de l'histoire ou son enseignement. Or, la distinction de ce qui relève de la reconnaissance des souffrances et de ce qui relève de
l'interprétation historique ne va pas de soi et ne manque pas de susciter des tensions dans l'espace public.
Un exercice difficile
Les mémoires blessées sont innombrables et il n'est pas possible d'en dresser une liste exhaustive. En revanche, la prise en compte simultanée d'une pluralité de ces mémoires permet d'en mesurer
la diversité, et par là toute l'ampleur des souffrances humaines dans l'histoire. Aussi l'évocation simultanée de quelques exemples de mémoires blessées nous prépare-t-elle à réfléchir de manière
générale à la désignation des faits et à la reconnaissance des souffrances de tous et de chacun. Ce qui mène à prendre en compte d'une part le point de vue des victimes, pour lesquelles aucune
hiérarchie des souffrances n'est pertinente, d'autre part celui des criminels et des mécanismes de leurs méfaits, et enfin celui des témoins.
L'exercice est difficile. Il peut être soumis à des rapports de force, à des airs du temps ou à des usages politiques qui pourraient nuire à la fonction éthique et démocratique de la dénonciation
des crimes de masse. La désignation de ces crimes est donc à la fois délicate, politiquement chargée et indispensable pour préserver la dignité des victimes et tenter d'inscrire toutes leurs
souffrances dans l'histoire par une démarche de recherche d'intelligibilité. I
Note : *Historien
1Ces mémoires blessées donneront lieu à une exposition sur l'Arménie et à une série de conférences, débats et films, à partir du 7 janvier 2009 au Théâtre Saint-Gervais de Genève. Lors de la
soirée du 27 janvier, pour la Journée de la mémoire de l'Holocauste et de prévention des crimes contre l'humanité, un débat, organisé en collaboration avec le Département de l'instruction
publique, abordera la question de savoir comment passer de la concurrence des victimes au partage des mémoires. Avec Catherine Coquio, présidente de l'Association internationale de recherche sur
les crimes contre l'humanité et les génocides et professeure de littérature comparée (université de Poitiers), Marianne Petit, directrice du Musée mémorial camp de Rivesaltes et Raymond H.
Kevorkian, historien (Institut français de géopolitique, université Paris VIII).
2Rafaël Lemkin, Qu'est-ce qu'un génocide?, Paris, Éditions du Rocher, 2008; Anson Rabinbach, «Raphael Lemkin et le concept de génocide», Violences. Violences de guerres, violences coloniales,
violences extrêmes avant la Shoah. Revue d'histoire de la Shoah, Paris, Centre de documentation juive contemporaine, no 189, 2008, pp. 510-554.
3Voir à ce propos une intervention synthétique de l'historien Yves Ternon dans Le cartable de Clio, Le Mont-sur-Lausanne, LEP, no 5, 2005, pp.183-189.
4Enzo Traverso, «Piedad para los muertos y la historia», El País, 21 décembre 2008.
5Dans La haine de la démocratie, Paris, La Fabrique, 2005.
http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=441268