Tout Juif qui se respecte, religieux ou séculier, ne peut plus garder le silence, voir pire, soutenir le régime sioniste, et ses crimes de génocide perpétrés contre le peuple palestinien...La secte sioniste est à l’opposé du Judaïsme. .................... Mensonge, désinformation, agression, violence et désobéissance de la loi internationale sont aujourd’hui les principales caractéristiques du sionisme israélien en Palestine.
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La politique de l’antisémitisme : le sionisme, le Bund et la politique identitaire juive |
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AUTEUR: Gilad ATZMON Traduit par Fausto Giudice |
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En 1973, déjà, Abba Eban, le ministre israélien des Affaires étrangères de l’époque, voyait dans l’antisionisme le « nouvel antisémitisme » :
« Tout au long du 19ème siècle, la littérature révolutionnaire de gauche est pleine de remarques acerbes au sujet de l’insistance juive
à s’auto-affirmer et à survivre. Le présupposé était que dans une société nationale libre, il n’y aurait plus d’espace pour le maintien d’un particularisme juif. On supposait que le
destin et le devoir des juifs consistait à se fondre dans l’utopie universelle. Quand le sionisme a fait son entrée en scène, comme produit non seulement de courants spécifiques du
judaïsme, mais aussi du nationalisme européen, le mot ‘nationalisme’ n’avait déjà plus cette aura qui l’entourait, à l’époque de Garibaldi… Récemment, nous avons assisté à la montée de la
nouvelle gauche, qui identifie Israël à l’establishment, à la possession, à la satisfaction des besoins matérialistes, bref avec tous les ennemis ataviques… Ne nous leurrons pas : la
nouvelle gauche est l’auteur et le géniteur du nouvel antisémitisme. Une des principales taches, pour tout dialogue avec le monde gentil, c’est de démontrer que le distinguo entre
antisémitisme et antisionisme n’est pas un distinguo du tout. L’antisionisme n’est, en effet, rien d’autre que le nouvel antisémitisme. Le vieil antisémitisme classique affirmait que des
droits égaux appartenaient à tous les membres de la société, sauf aux juifs. Le nouvel antisémitisme dit, quant à lui, que le droit de créer et de maintenir un État souverain national
indépendant est la prérogative de toutes les nations, pour peu qu’il ne s’agisse pas de la nation juive. Et quand ce droit est exercé, non pas par les Îles Maldives, non pas par le Gabon,
non pas par la Barbade… mais par la plus ancienne et la plus authentique de toutes les nations, alors, on qualifie cela d’exclusivisme, de particularisme, et d’abandon, par le peuple
juif, de sa mission universelle... »
A la fin du 19ème siècle, et dans la première moitié du 20ème, deux écoles nationalistes juives émergentes s’efforçaient de résoudre la dualité dialectique entre « être le même » et « singularité ». Toutes deux étaient en compétition pour conquérir les cœurs et les esprits des masses juives. L’une, c’était le Bund, une forme unique en son genre, ésotérique, de lecture socialiste judéo-centrique de la question juive, de l’histoire juive et du destin juif. L’autre, c’était le sionisme, une philosophie nationaliste prônant la colonisation de peuplement. Le sionisme faisait une lecture exceptionnellement impitoyable de la condition juive diasporique, et il promettait de transformer radicalement la réalité juive. Le débat entre le Bund et le mouvement sioniste n’a pas vraiment d’importance, historiquement, et pourtant, il éclaire la notion de politique tribale juive ; il permet de jeter un œil à l’intérieur de la philosophie marginale juive, ainsi que dans la politique identitaire juive. Il met en lumière l’appareil actuel du lobbying politique juif en Occident, et à l’intérieur de la gauche. J’ai tendance à croire qu’une brève élaboration sur ce débat et sur ses implications élucidera les raisons d’une tendance toujours croissante, chez les militants juifs ethniques (de gauche, de droite et du centre) à qualifier d’antisémitisme absolument toutes les formes de critique idéologique et intellectuelle.
Bund contre sionisme Manifestement, ces mouvements politiques visaient tous deux à la transformation du juif et de sa réalité environnante. Tandis que le Bund visait une transition terminologique, voire même sémantique, fondée sur une lecture matérialiste alternative de l’histoire juive, le sionisme visait une véritable transition métaphysique du sujet juif, de sa réalité et de son rôle dans le monde. Si le Bund a échoué à comprendre la signification pourtant évidente du cosmopolitisme et de l’universalisme (par opposition à toute forme de division raciale ou ethnique au sein de l’ « international »), les premiers sionistes furent assez intelligents pour prendre conscience du fait que la véritable signification du nationalisme ne saurait être saisie qu’en termes d’acception géographique. Pour le sioniste, le nationalisme, cela signifiait un lien entre l’homme et « sa » terre. Les dirigeants bundistes insistaient naïvement à dire que la langue et la culture yiddish finiraient par aboutir, par maturation, à une conscience organique d’une identité nationale qui fédérerait, certes, les juifs de l’Europe de l’Est, mais qui serait tout aussi bien reconnue, par les autres, comme constitutive d’une minorité ethnique légitime. Erreur funeste. Déjà, en 1903, à la suite de la critique par Lénine de l’ordre du jour national du Bund, la majorité des délégués au deuxième congrès du Parti Social Démocrate Russe du Travail avaient rejeté l’ordre du jour proposé par le Bund. En conséquence, les représentants du Bund avaient quitté ce congrès. De plus, non seulement le Bund avait échoué à se faire reconnaître idéologiquement par les goyim qui l’entouraient, mais il avait échoué aussi à se doter d’une attitude impartiale et tolérante vis-à-vis de la diversité ethnique au sein du peuple juif, dans le monde entier. En bons ashkéno-centristes, les juifs (nationaux) socialistes ignoraient royalement la question des juifs séfarades et arabes. Je suppose que les bundistes attendaient des juifs marocains qu’ils apprissent le yiddish, ou qu’ils devinssent des membres de la classe ouvrière russe avant d’être autorisés à recevoir leur « carte de membre du Bund »… Obsédé comme il l’était par le yiddish, le Bund s’opposa fermement au projet sioniste de renaissance de l’hébreu. Il tenta d’investir de réels efforts dans la diffusion de la culture yiddish. Mais, y compris dans ce domaine, ils finirent par échouer dans le long terme. Comme on le sait, aujourd’hui, la langue et la culture yiddish ne restent vivantes qu’au sein d’un cercle minuscule, dans la mouvance ashkénaze orthodoxe. Elles sont pratiquement inexistantes chez les juifs laïcs et assimilés. Même si les deux mouvements étaient laïcs, les premiers sionistes avaient la franchise de reconnaître qu’à la veille du vingtième siècle, il n’y avait pas grand-chose, dans la vie juive séculière, dont on pût être fier (tant culturellement que spirituellement). C’était bien naturel, étant donné qu’en 1898 (année du premier congrès sioniste), l’émancipation des juifs n’en était encore qu’à ses débuts (seulement un siècle, environ, après l’émancipation des juifs de France). Au sein du processus croissant d’assimilation, les juifs ne se préoccupaient que fort peu de développer leur culture juive séculière. Non qu’ils s’y soient refusés : ils n’avaient, tout simplement, aucune nécessité de le faire. La chute des murs du ghetto permit aux juifs de se fondre dans la culture et le discours occidentaux, en tant qu’égaux parmi les égaux. Pour beaucoup de juifs, cela signifia la naissance d’une nouvelle loyauté à l’égard de leurs nations hôtes. A la veille de la Première guerre mondiale, l’immense majorité des juifs allemands se considéraient avant tout comme des Allemands, et l’identité tribale juive était sur le point de disparaître. Les juifs assimilés adoptaient largement le système moderne de valeurs éthiques. Les juifs ont échappé à la naissance des Lumières et donc à la douleur impliquée par la révolution anthropocentrique. Pour les juifs, adhérer au discours libéral de leurs pays respectifs, cela revenait, dans la pratique, à laisser tomber Dieu et à s’assimiler culturellement, financièrement et spirituellement. En conséquence, vers la fin du 19ème siècle, il ne restait plus grand-chose de la culture juive en circulation, il n’y avait plus non plus de système juif séculier de valeurs morales, ni plus aucun lien spirituel juif, il n’y avait pas de théâtre juif, excepté quelques troupes yiddish, aucune musique populaire juive profane, mis à part quelques rares chansons isolées qui étaient très loin de composer une œuvre cohérente, aucune grande symphonie juive, aucune poésie juive non-religieuse ni aucune œuvre d’art juive profane, en matière d’arts plastiques. Il y avait déjà de géniales symphonies, poésie, de grandes œuvres d’art, des textes politiques et idéologiques écris, peints et composés par des juifs assimilés et convertis (Heine, Marx et Mendelssohn, pour ne citer que ceux-là). Pourtant, ces œuvres furent admises comme des apports culturels européens et non comme une forme quelconque de culture juive séculière ésotérique. Bien que les juifs assimilés et convertis aient trouvé de plus en plus de moyens d’exprimer leur talent et leur foi, la plupart d’entre eux préféraient se considérer comme des êtres humains ordinaires, plutôt que de maintenir leur identité tribale, qui, manifestement, signifiait de moins en moins de choses à leurs yeux. Le sionisme : une ‘success’ story Aussi malheureux cela soit-il, et aussi mal cela fasse-t-il de le reconnaître, le projet sioniste n’avait nulle autre mission que celle de provoquer un changement, et, ce changement, il a véritablement réussi à le provoquer. La première génération des idéologues sionistes visaient à la formation d’une vie juive séculière et à un sens séculier de la vie. Il est impossible de refuser de voir que les premières générations de Palestiniens de langue hébraïque avaient réussi à édifier un corpus non négligeable de littérature, poésie, arts plastiques et musique, en un laps de temps très court. Les premiers sionistes, des penseurs européens comme Echad Ha’am, qui parlaient de la renaissance de la culture juive, voyaient dans le sionisme avant tout un projet spirituel. Il pensait que la création, en Eretz Israel, d’un centre de culture juive contribuerait à renforcer la vie juive en diaspora. Son espoir, c’était que dans ce centre, une nouvelle identité juive nationale basée sur l’éthique et les valeurs juives permettrait de résoudre la crise du judaïsme. Étant un homme d’une moralité élevée, Echad Ha’am fut l’un des premiers sionistes à avertir ses camarades que la Palestine était loin d’être une terre vide. Il voyait la tromperie manifeste du slogan « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Il savait que la Palestine était loin d’être une terre inhabitée. La renaissance de l’hébreu promue par les sionistes avait pour but de célébrer le lien émergeant entre les juifs, Eretz Israel et l’héritage juif. Cette remise au goût du jour de l’hébreu avait pour finalité de créer un continuum entre les nouveaux Israélites et leurs ancêtres. Elle visait à faire de la Bible un « cadastre », et de Dieu un « agent immobilier ». En quelques décennies seulement, ce lien mûrit, aboutissant à une nouvelle identité juive dynamique, à savoir les « Israéliens ». Toutefois, au moins autant que nous abhorrons les crimes commis par les « Israéliens » depuis plus de six décennies, autant nous devons lutter contre ce qui les nourrit d’un tel zèle idéologique et spirituel. Nous devrions tout aussi bien reconnaître le fait que le sionisme, tout du moins à ses débuts, avait plusieurs visages. Les philosophes et penseurs juifs allemands qui avaient émigré en Israël au milieu des années 1930, comme Gershon Scholem, Martin Buber et Hugo Bergman ressentaient une certaine urgence à créer un système éthique sioniste. Le professeur Yeshayahu Leibovitch, un sioniste juif orthodoxe, consacra le plus clair de sa vie intellectuelle à la critique de l’expansionnisme sioniste. De fait, c’est Leibovitch qui fut le premier à qualifier les militaires israéliens de « judéo-nazis ». Naïvement, ces penseurs sionistes dotés d’une certaine morale pensaient qu’un projet nationaliste juif éthiquement éclairé était à portée de la main. Cette école de pensée était naïve à un point tel que l’un de ses derniers adeptes, le soi-disant philosophe israélien Asa Kasher consacra même du temps à écrire le « Code Ethique des Forces Israéliennes de Défense » ! Manifestement, Kasher n’avait rien compris à l’impératif catégorique d’Emmanuel Kant. L’éthique ne peut en aucun cas faire l’objet d’une quelconque codification. Le jugement éthique est, bien plutôt, un processus dynamique fluide, qui doit être en permanence révisé et reconsidéré. Toutefois, pour les premiers penseurs sionistes, et en particuliers pour ceux d’entre eux qui étaient humanistes, l’État juif émergent allait être respectueux de la population autochtone de la Palestine, j’ai nommé les Palestiniens. Le glauque discours historique israélien et l’émergence de l’imposition actuelle de la famine à la bande de Gaza, accompagnée d’une sinistre législation israélienne d’apartheid, démontrent à quel point ils se trompaient. En ce qui concerne le projet juif nationaliste, le Bund avait totalement échoué. De fait, vers la fin de la Seconde guerre mondiale, il ne restait pratiquement plus de Bundistes pour soutenir la philosophie juive (nationale) socialiste. En effet, le Bund était impliqué dans des combats acharnés contre les nazis, pendant la guerre. Sans doute la bataille la plus notable du Bund à laquelle il doit être rendu hommage fut-elle l’insurrection du Ghetto de Varsovie. Toutefois, la majorité des bundistes qui survécurent au judéicide nazi émigrèrent en Palestine, s’installèrent dans quelques kibboutz et adhérèrent aux partis sionistes de gauche. Les autres s’installèrent en Grande-Bretagne et aux USA. Leurs adeptes continuent à soutenir qu’ils savent de quelle manière sauver les juifs de la Diaspora de leur misère. La demi-douzaine de bundistes contemporains agit principalement au sein de cellules politiques juives ségréguées, à partir desquelles ils s’efforcent de surveiller le discours de la solidarité avec les Palestiniens. Ils insistent sur le fait qu’en matière de discours de solidarité avec les Palestiniens, « la lutte contre l’antisémitisme est une question fondamentale ». Manifestement, personne, dans le mouvement de solidarité avec la Palestine, ne peut prendre au sérieux ce genre de position. Les bundistes répandent leur message au monde via un petit nombre de cyber-cellules sectaire, juives pour la plupart, qui retienne fort peu l’attention intellectuelle, politique et idéologique. Le yiddish, pourtant supposé être leur bannière culturelle, est quasiment inexistant chez les juifs laïcs. Il n’a aucun impact culturel sur les juifs, ni d’ailleurs sur n’importe qui d’autre. Comme le prédisait, déjà, le penseur juif marxiste Abraham Leon dans les années 1930, le yiddish est désormais devenu officiellement une langue morte, tout au moins pour les juifs laïcs. De manière particulièrement piquante, l’hébreu a remplacé le yiddish en tant qu’identifiant symbolique de la fraternité juive et que représentation tant de l’ethnicité juive que du tribalisme juif. Même quand des juifs ne parlent pas l’hébreu, ils en connaissent suffisamment pour dire « Shalom », ou « Toda Raba » (Merci). L’utilisation de la langue biblique réincarnée a pour fonction d’affirmer leur appartenance ethnique. Et cela ne doit en rien nous surprendre. Bien que le journalisme moderne et l’édition en yiddish soient littéralement inexistants, vous pouvez trouver plusieurs quotidiens en hébreu, et cela, non seulement en Israël ; vous trouverez aussi des films en hébreu, de la pop music en hébreu, et même des films porno en hébreu (je n’ai pas connaissance d’un quelconque film porno en yiddish, à moins que les derniers bundistes que sont Ronald Rance, Tony Greenstein, Michael Rosen et Lenni Brenner aient peut-être quelque chose en réserve ?) L’hébreu et l’israélité / Israël contre Diaspora Le débat entre le Bund et le sionisme a perdu sa signification politique voici, de cela, soixante ans. Le Bund est mort, et le sionisme a vaincu. Pourtant, autant le sionisme était compréhensible dans le contexte de la diasporique, autant il perd toute signification au sein de la réalité israélienne. Autant le juif de la diaspora peut lutter afin de synthétiser la polarité dialectique originelle entre « être le même » et « singularité », autant cette même dualité est-elle totalement vide de sens dans le discours israélien contemporain. Vu sous l’angle purement dialectique dont il est question, le juif israélien est un individu sincère et authentique : il voit dans l’israélité un identifiant national authentique, mais il vit tout aussi bien en paix avec sa singularité : avec ses traits personnels uniques, avec sa langue hébraïque, avec sa culture, et même avec le crime fondateur de son État juif. Pour le juif né Israélien, l’aspiration sioniste est parfaitement absurde : il est né, dans le foyer national juif, projeté dans une civilisation hébraïque. Contrairement au juif de la diaspora, lequel attend une transformation à venir, le juif israélien est né, lui, dans une réalité d’ores et déjà transformée. Le nouvel Israélien, qui est né dans un État juif, n’est absolument pas préoccupé par la quête judéocentrique diasporique : « Qui suis-je ? ». Le sujet israélien considère être un citoyen ordinaire, dans une société nationale normale. Certains juifs israéliens ont même tendance à être d’accord avec les critiques formulées par des non-juifs au sujet de leur État juif. Certains Israéliens sont outragés par de telles critiques, mais ils en reconnaissent le caractère légitime. Beaucoup d’Israéliens, pourtant, auraient tendance à affirmer que toute critique d’Israël est tout simplement inacceptable. Et c’est probablement là le succès le plus éclatant du sionisme. Contrairement à Max Nordau, qui affirmait que « le juif assimilé est incertain dans ses rapports avec ses frères humains, timide avec les étrangers », l’Israélien n’est pas timide, ni hésitant pour un shekel : il est fier de lui, et même, au goût d’énormément de gens, il est sans doute « bien trop fier » de lui. Toutefois, le juif occidental de la diaspora, celui qui insiste sur le maintien d’une identité tribale au sein d’une société ouverte et multiculturelle, est encore en quête d’une identité. Il recherche une recette qui lui permette de combler l’abîme entre l’ « être le même » et la « singularité » et, apparemment, Israël et le sionisme sont désormais le seul modèle auquel il s’identifie. Aussi triste cela paraisse, Israël et le sionisme ont réussi à prendre en otage la notion de sécularisme juif. Le jeune juif de la diaspora qui doit choisir entre un rabbin blafard et barbu l’appelant à rejoindre une yeshiva et un jeune marin israélien athlétique qui lui offre un flingue, un béret rouge et une guerre à livrer, risque de trouver ce dernier légèrement plus séduisant. La jeune femme juive de la diaspora qui doit choisir entre une moumoute pour couvrir sa tête rasée et l’interprétation israélienne plutôt libérée de la féminité, trouvera probablement le style de vie israélien beaucoup plus attractif. Les juifs de la diaspora, de manière générale, s’identifient à Israël, certains d’entre eux sont des sionistes grand teint, d’autres ne font qu’en emprunter certaines des manifestations superficielles folkloriques, voire même purement verbales et dépourvues de toute signification réelle. Quoi qu’il en soit, toutes les Simchas juives (bar-mitzvah, mariages, etc.) est désormais une célébration du folklore israélien hébraïque. Jusqu’à un certain point, en raison de la pénétration extrêmement profonde du folklore israélien et de la nouvelle culture hébraïque, chaque bar-mitzvah et chaque mariage réaffirme une identification symbolique avec l’Etat juif. Toute occasion festive juive peut être vue comme un mini-meeting sioniste. L’interstice culturel qui de cela, tout juste quatre décennies était occupé par la Yiddishkeit, est désormais submergé par la culture israélienne et hébraïque. Aussi tragique que cela puisse paraître, la culture et le folklore israéliens sont devenus un nouveau ciment juif. L’hébreu est devenu le lien tribal, et l’israélitude est le nouvel identifiant culturel symbolique.
Cela nous ramène à Abba Eban, qui fut probablement le premier à identifier l’antisionisme au « nouvel antisémitisme ». Du point de vue du sujet de
la diaspora juive laïque, Israël est l’unification vivante de la polarité dialectique entre « égalité » et « particularité ». Du point de vue de la diaspora juive,
Israël a réussi à résoudre le soi-disant « problème juif », en liant entre elles l’ethnicité, la tribu et même la religion dans une seule et même notion. Il offre au juif de la
diaspora un destin, et aussi quelque chose de solide à quoi s’identifier dans sa vie de tous les jours. Eban, très manipulateur, identifie Israël à la « judéité », et vice-versa. A ses yeux, Israël, c’est « la mission universelle du peuple juif », et en conséquence, toute tentative de critiquer Israël dépouille le juif de son « droit universel », un acte qui doit compris comme relevant de l’antisémitisme pur et simple. Comme nous le savons tous, les accusations d’antisémitisme sont lancées en l’air par la quasi-totalité des activistes juifs : les juifs ethniques militants, les responsables officiels israéliens, et même d’ex-bundistes des temps modernes. J’espère que, désormais, tout est très clair. A la lumière de l’échec total du Bund et de l’absence de toute identité juive diasporique authentiquement lucide, le sionisme et lui seul est devenu le seul et unique symbole de l’identité juive séculière. Ayant cela à l’esprit, toute critique contre l’État juif est perçue, par énormément de juifs de la diaspora, comme une tentative de porter atteinte à la possibilité d’une identité juive séculière. De manière erronée, beaucoup de juifs de la diaspora voient dans la moindre critique d’Israël une tentative de les chasser de la part égale qui leur revient du discours « multiculturel » en cours d’émergence en Occident. Ceux d’entre nous qui soutiennent le peuple palestinien, ceux parmi nous qui sont dévastés par l’ampleur sans cesse croissante des atrocités israéliennes, ceux qui souhaitent apporter la justice en Palestine, et ceci comporte la possibilité, pour les Palestiniens de rentrer chez eux, dans leur pays, devront se décider, tôt ou tard. Désormais, il se trouvera toujours un juif pour considérer chaque chose que nous faisons et disons à propos de l’Etat juif comme de l’antisémitisme. Nous devons prendre position, et décider, une bonne fois pour toutes si ce que nous voulons, c’est nous concilier l’ensemble des juifs du monde ou bien nous battre pour les Palestiniens. Moi-même, j’ai choisi. Pour moi, c’est la Palestine, et le peuple palestinien. Si cela fait de moi un antisémite, aux yeux de quelques juifs paumés de la diaspora (de gauche, de droite et du centre), je devrai apprendre à vivre avec. En fin de compte, je ne peux contenter tout le monde…
Source : http://peacepalestine.blogspot.com/2007/11/gilad-atzmon-politics-of-anti-semitism.html |