Tout Juif qui se respecte, religieux ou séculier, ne peut plus garder le silence, voir pire, soutenir le régime sioniste, et ses crimes de génocide perpétrés contre le peuple palestinien...La secte sioniste est à l’opposé du Judaïsme. .................... Mensonge, désinformation, agression, violence et désobéissance de la loi internationale sont aujourd’hui les principales caractéristiques du sionisme israélien en Palestine.
Que pensez-vous de la gauche israélienne, et voyez-vous des perspectives de luttes communes « transfrontalières » qui incluraient des Israéliens et des Palestiniens ?
BAM : L’expropriation et la conquête ont été organisées et gérées, historiquement, par des socialistes autoproclamés et par des bureaucrates du Parti Travailliste. Alors être à gauche, pour faire court, n’a jamais constitué une garantie en ce qui concerne les droits palestiniens.
Le mouvement Peace Now, la formation pacifiste la plus large en Israël, a été beaucoup trop impliquée avec les valeurs et les pratiques du sionisme travailliste pour pouvoir agir en tant que force de paix indépendante à l’intérieur d’Israël ou pour présenter une réelle alternative aux politiques du gouvernement.
Peace Now a non seulement applaudi Rabin et Barak, mais a aussi légitimé leurs politiques coloniales, même la séparation et l’enferment de type bantoustan. Malgré le fait que les positions de Peace Now aient évolué au cours des années, allant jusqu’à l’acceptation et la reconnaissance (rhétorique en tout cas) du droit des Palestiniens à l’autodétermination et de leur droit à un Etat (surtout après la première Intifada), le mouvement est resté beaucoup trop engagé dans une conception expansive de la sécurité nationale israélienne et dans des notions vagues et inadéquates de compromis territorial et de reconnaissance mutuelle.
Résultat de cela : Peace Now n’a jamais insisté sur le fait (ni n’a fait aucune campagne là-dessus) que, par exemple, 1967 c’est la frontière d’Israël et que le retrait et l’évacuation complets de toutes les colonies est une précondition nécessaire pour la paix.
Cela a fondamentalement laissé la porte grande ouverte à la conclusion de traités de paix inéquitables comme Oslo (que Peace Now a d’ailleurs célébrés), et a permis à Israël d’imposer de plus en plus de conditions aux négociateurs palestiniens. Ainsi, en soutenant des accords diplomatiques injustes, le camp de paix le plus important en Israël a fini par servir plutôt que par miner – ou seulement contrebalancer – la puissance immensément supérieure d’Israël par rapport aux Palestiniens.
Cela a amené beaucoup de critiques du mouvement de la paix en Israël à soutenir que des groupes tels que Peace Now sont essentiellement nationalistes et colonialistes.
En effet, non seulement sont-ils opportunistes et dépourvus de principes, mais ils considèrent en outre la politique américaine dans la région (y compris des guerres comme la première Guerre en Irak) comme le seul salut d’Israël. Sans compter que ses membres tendent à être très actifs lorsque le Likoud [la droite] est au pouvoir, réclamant des mesures de contrôle américaines sur Israël, et trop passifs lorsque les travaillistes [la “gauche“] sont au pouvoir ou dans une coalition, se contentant alors de demander des réformes mineures ou des ajustements dans la politique au lieu de mettre en avant de réelles alternatives. Shulamit Aloni ** a fait l’autocritique suivante lors de la crise de la Guerre du Golfe en 1990, lorsque le mouvement de la paix en Israël était en train d’éclater sous la pression de ses contradictions internes, et lorsque les Palestiniens sont devenus tellement désespérés au point de soutenir Saddam Hussein :« Pourquoi serais-je déçue par les Palestiniens ? Est-ce que j’ai fait quelque chose pour eux ? La gauche israélienne a-t-elle fait quelque chose pour eux ?... La gauche israélienne fait loyalement allégeance au gouvernement et à l’ordre établi... Nous avons essayé de faire entendre une voix morale... en réalité nous n’avons rien fait. Le gouvernement a continué à contrôler les territoires, à bafouer les droits humains, à détruire et à tuer, et nous sommes partie prenante de tout cela car nous ne nous sommes pas rebellés... nous avons été la feuille de vigne de la démocratie israélienne... Non, les Palestiniens ne nous doivent rien." [10]
Très peu de groupes en Israël sont restés à l’écart de cette complicité de gauche avec le pouvoir d’Etat et de cette indifférence envers la souffrance et l’étouffement des Palestiniens.
Du point de vue historique, la formation la plus significative a été le groupe socialiste révolutionnaire Matzpen. Dans les années 1960 et 1970, malgré sa faiblesse organisationnelle, le Matzpen, beaucoup plus robuste et intègre que les autres courants « post-sionistes » des années 1990, a lancé un défi idéologique majeur au sionisme israélien.
Matzpen a non seulement lancé dans la société israélienne le paradigme d’« Israël en tant qu’Etat colonialiste », mais a également argumenté que le sionisme était une forme spécifique de colonialisme visant le remplacement total les natifs palestiniens par des colons juifs plutôt qu’une intégration ou une exploitation [11].
Clairement anti-impérialiste, Matzpen critiquait également de manière cohérente le rôle d’Israël en tant que chien de garde des intérêts états-uniens dans la région, chargé d’écraser le radicalisme arabe et de contrôler les droits nationaux arabes en échange de subsides militaires et économiques.
Selon le Matzpen, une révolution socialiste arabe ne devait donc pas viser uniquement à libérer Israel-Palestine du sionisme mais aussi l’Orient arabe de l’impérialisme occidental, tout en sauvegardant les droits des minorités nationales telles que les Juifs israéliens et les Kurdes dans l’ensemble de la région. Aucun autre groupe israélien n’a pu égaler Matzpen sur le plan des innovations théoriques ou ses engagements internationalistes et son ouverture aux sociétés arabes environnantes. Ses membres ont d’ailleurs été sévèrement réprimés par l’Etat israélien.
Dans les années 1980, d’autres groupes ont émergé. Dai Lakibush (Stopper l’occupation) a joué un rôle important dans la radicalisation, mais a ensuite perdu son élan. Les Femmes en Noir ont organisé dans tout le pays ainsi qu’à l’étranger des veillées contre l’occupation, mais ce mouvement a lui aussi été affaibli par les agressions et les faux carnavals de la paix mis en scène par le Nouvel Ordre Mondial.
Après Oslo, d’autres groupes ont percé et certains sont réapparus, tels que les refusniks qui ont refusé de faire leur service militaire dans les Territoires Occupés. Tayyush, Gush Shalom et les Anarchistes Contre le Mur sont actuellement très actifs contre l’occupation. Leur principal succès sur le terrain a été la longue campagne de résistance populaire contre certaines sections du Mur en Cisjordanie. Bil’in est devenu leur symbole, représentant un activisme par-delà la frontière en faveur d’une paix globale, associé au combat non-violent dirigé par des Palestiniens [12].
De telles associations ont réussi à faire modifier l’emplacement du Mur, sauvant moitié des terres de Bil’in alors même que la décision de la Cour Suprême d’Israël légitimait l’expropriation de l’autre moitié. [13]. C’était donc une victoire ambiguë et restreinte, mais néanmoins importante, ne serait-ce que pour rappeler que les Palestiniens et les Israéliens peuvent encore résister ensemble à l’occupation, et peuvent réussir à établir de nouvelles relations de confiance et de solidarité par-delà les appartenances nationales.
Ce qui a toujours manqué en Israël est un mouvement de masse organisé contre l’occupation et pour la justice, un mouvement suffisamment puissant pour ébranler et miner le colonialisme israélien. Il manque encore en Israël un véritable mouvement pour la paix, en tout cas un qui soit suffisamment intègre pour tenir compte du fait qu’au moins 40% des Israéliens sont prêts à terminer l’occupation maintenant et se retirer dans les frontières de 1967 selon le consensus international qui existe depuis 1967. Est-ce que cela peut changer ? Bien sûr. Un tel mouvement deviendrait probable si une majorité significative d’Israéliens mobilisés se mettait à voir Israël comme le fait la majorité du monde : un pays qui usurpe violemment des droits d’autres peuples et qui menace la paix dans le monde.
Depuis 1967, les Etats-Unis ont protégé les Israéliens en les empêchant de voir que leur Etat est devenu un paria ; ils ont protégé Israël pour lui éviter de devoir payer les coûts de l’occupation militaire la plus longue dans l’histoire récente. Cette situation ne peut pas durer éternellement, surtout si un mouvement pour la paix renaissant aux Etats-Unis met les droits des Palestiniens au cœur de sa lutte pour la paix au Moyen-Orient. Il faut que les Israéliens sentent la pression de l’opinion publique organisée (y compris des sanctions de boycott et d’état) pour qu’ils se mobilisent contre les ambitions coloniales de leurs élites. Aucun pays ne compte plus pour l’élite israélienne que les Etats-Unis, c’est la raison pour laquelle il est particulièrement important et décisif qu’une lutte contre l’occupation soit menée aux Etats-Unis même. C’est seulement lorsqu’ils sentiront cette pression que les Israéliens commenceront à s’organiser en masse contre l’emprise d’Israël et contre son refus de tenir compte d’une nation toute entière.
Il existe un débat dans la gauche sur la question de savoir si nous devrions prôner une solution de "deux Etats" ou plutôt celle d’"un Etat" pour Israël-Palestine. Que pensez-vous de ces alternatives ?
BAM : Je trouve curieux de présenter ces deux solutions comme si elles étaient sur le même plan, également disponibles. Or, même ceux qui défendent une option révolutionnaire reconnaissent que, quelles que soient les autres tâches à accomplir, il faut d’abord en terminer avec l’occupation. C’est ce à quoi aspirent la majorité des Palestiniens, ainsi qu’une partie significative, sinon la majorité, des Israéliens.
Il faut donc que la stratégie palestinienne soit élaborée autour de cette revendication en tant que priorité nationale. Les souffrances des Palestiniens sous l’occupation doivent être reconnues comme une urgence nationale. La question que nous devons nous poser n’est pas de savoir s’il faut décoloniser la Cisjordanie et Gaza, mais plutôt de comment il faut le faire. Il faut se demander qui va diriger la lutte, autour de quelles valeurs, comment solliciter le soutien des Arabes et d’autres peuples, comment remobiliser l’auto-organisation collective, comment aider les gens à devenir acteurs de leur propre libération, comment mobiliser les réfugiés et les habitants des Territoires occupés dans une nouvelle organisation de base, démocratique et comment activer les résolutions existantes des Nations-Unies et les avis de droit internationaux contre le Mur illégal, contre les colonies, les routes, etc.
La solution d’un seul Etat est excellente, mais c’est une utopie qui n’est pas atteignable dans la pratique pour le moment. Il n’y a pas de base pour une solution d’un seul Etat, et actuellement il n’y a pas non plus de capacité ou un poids suffisants pour l’obtenir.
Le réalisme politique exige que l’on commence là où existe le potentiel pour un maximum de succès et d’efficacité. Contrairement à certains partisans de cette solution, je ne pense pas que la de-sionisation d’Israël viendra de l’Occident.
Je continue à penser que la question de la Palestine est une question arabe : le sionisme et l’impérialisme occidental continuent à opprimer les Arabes et – ce qui est aussi important – sont perçus par ces derniers comme exerçant une oppression.
Il est dans l’intérêt des Arabes de faire reculer l’expansionnisme sioniste, de mettre un terme à l’exclusivisme sioniste en Palestine, de la décoloniser, et de réaliser le droit au retour.
Or, actuellement l’Occident capitaliste et ses populations ne perçoivent pas cela comme étant dans leur intérêt. Les défenseurs de la solution d’un seul Etat semblent penser que s’ils crient très fort pendant assez longtemps, les populations occidentales finiront par soutenir cette solution. Mais même si la majorité des Occidentaux ne sont pas – contrairement à la majorité des Arabes – favorables à mettre un terme au sionisme en Palestine, ils soutiennent tout de même la fin de l’occupation. La stratégie de certains défenseurs de la Palestine devrait-elle consister à rendre plus difficile un soutien en Occident ? Ce n’est pas de la politique, cela ressemble davantage à des stratégies discursives qu’à des stratégies réelles.
La lutte idéologique contre le sionisme en Occident est importante, et doit se poursuivre, mais on ne peut pas s’attendre à ce qu’elle exerce une pression suffisante pour renverser le sionisme en Palestine. Pour cela, nous devons porter notre regard vers l’Orient – vers le monde Arabe – ou alors vers un mouvement progressiste revitalisé des travailleurs en Occident ayant une capacité suffisante pour avoir un impact sur les politiques d’Etat. Mais je n’entends jamais les défenseurs de la solution d’un Etat unique dire que la réponse au sionisme en Palestine se trouve dans les mouvements progressistes organisés de la classe ouvrière en Occident.
Si les syndicats s’engagent en faveur de la Palestine aujourd’hui, c’est pour boycotter Israël pour son occupation illégale de la Cisjordanie et de Gaza, et non pas pour combattre au sionisme.
Sur cette question, la solidarité en Occident ne peut venir que d’une résurgence radicale anti-impérialiste de masse. Et il n’y a malheureusement pas beaucoup de signes d’une telle résurgence. Alors, faudrait-il que les Palestiniens attendent le réveil de ce que ce Franz Fanon appelait « la belle au bois dormant » ? Ne vaudrait-il pas mieux qu’ils utilisent en attendant le soutien et la solidarité qu’ils peuvent obtenir et qu’ils commencent à améliorer leurs vies maintenant ? Seule la deuxième option me paraît être responsable.
Sur les solutions envisageables, vous prônez le réalisme politique. Comment la question du droit au retour s’insère-t-il dans une telle conception ? Existe-t-il une manière de répondre aux besoins et aux droits des réfugiés palestiniens qui soit en même temps réaliste ? Les Israéliens vont-ils réellement soutenir le "retour" de sept millions de Palestiniens ?
BAM : Non, et c’est là un problème sérieux. La plupart des Israéliens sont en train de devenir plus racistes. Leur soutien au "transfert" de citoyens palestiniens augmente et atteint des niveaux alarmants. L’élite politique et militaire israélienne considère les Palestiniens comme un groupe sous-humain, qui peut être brimé, écrasé, humilié, tué et affamé.
La "gauche" israélienne est en majorité sioniste et prône non pas l’égalité mais la séparation et la partition. Les groupes juifs qui soutiennent le droit au retour sont marginaux dans la société israélienne, et ils sont principalement préoccupés à mettre un terme à l’occupation. Je ne vois donc pas pour le moment les Israéliens soutenir le droit au retour. Ils continuent à vouloir vivre dans un Etat qui est le leur, et que cet Etat soit une démocratie juive (et non pas progressiste). Mais cela ne signifie pas qu’ils ne pourront pas une fois se rendre compte que la réconciliation historique (ratifiée par une majorité de Palestiniens) est nécessaire et qu’ils sont responsables de rectifier les torts du présent et du passé. Cela est plus vraisemblable que leur acceptation directement du droit au retour.
Alors, que prôner aujourd’hui pour les réfugiés palestiniens ? Il est très difficile de répondre à cette question. Le droit au retour est un droit palestinien inaliénable, reconnu par des lois et des résolutions internationales. C’est un droit que défendent la majorité des Palestiniens aujourd’hui. Pourtant, chaque fois que ce droit est invoqué, on accuse les Palestiniens de vouloir détruire l’Etat d’Israël, comme si leur expulsion et le fait de devenir des réfugiés était de leur propre faute, comme si le racisme colonial israélien était une création palestinienne.
Il est absurde que les victimes d’un crime historique soient ainsi mises sur la défensive par leurs propres persécuteurs précisément pour l’acte qui a fait d’eux des victimes au départ. Aucune nation n’a le droit d’être raciste ou d’opprimer ou de dénier ses droits universels à une autre, et encore moins lorsqu’il s’agit d’une nation qui est seule responsable d’avoir complètement dépossédé l’autre.
Qu’en est-il de la souffrance et la misère actuelle des Palestiniens ? Si les réfugiés ne peuvent pas retourner maintenant, à quelles tâches immédiates devraient s’atteler les défenseurs de la cause palestinienne ? Et bien, ils devront faire ce qui est en leur pouvoir pour améliorer la vie des Palestiniens partout, et aider les Palestiniens à réaliser ceux de leurs droits nationaux qui peuvent déjà être satisfaits maintenant. La plupart des Palestiniens occupés sont des réfugiés, et ce qu’ils veulent est clair : ils veulent un Etat palestinien libre et souverain en Cisjordanie et à Gaza.
Qu’en est-il de la souffrance et la misère actuelle des Palestiniens ? Si les réfugiés ne peuvent pas retourner maintenant, à quelles tâches immédiates devraient s’atteler les défenseurs de la cause palestinienne ? Et bien, ils devront faire ce qui est en leur pouvoir pour améliorer la vie des Palestiniens partout, et aider les Palestiniens à réaliser ceux de leurs droits nationaux qui peuvent déjà être satisfaits maintenant. La plupart des Palestiniens occupés sont des réfugiés, et ce qu’ils veulent est clair : ils veulent un Etat palestinien libre et souverain en Cisjordanie et à Gaza.
Atteindre ce but entraînerait une amélioration incalculable leurs vies, mais permettrait également aux réfugiés en dehors de la Palestine qui acceptent de retourner, de le faire, et de vivre des vies normales dans leur propre Etat démocratique. Cela vaudrait-il mieux que les incertitudes et les insécurités de l’exil ? Je le pense, mais c’est là une question sur laquelle les Palestiniens devront voter et prendre une décision dans un référendum populaire. Le retour ne devrait se faire que si cette option est acceptée par la majorité des Palestiniens.. Il ne s’agira dans tous les cas pas d’un véritable "retour" – les réfugiés ne retourneraient pas dans leurs foyers et leurs terres à Lydda, Sajara ou Jérusalem. Par contre ils pourraient ainsi surmonter le fait d’être privés d’Etat et de droits. Il ne faut pas sous-estimer ou ignorer un tel changement, qui est – je pense – encore possible aujourd’hui, malgré les conditions défavorables régnant actuellement.
En outre, pour que la lutte de la base palestinienne contre l’occupation puisse l’emporter, elle doit provoquer une énorme rupture à l’intérieur de la société israélienne, en activant et en désamorçant ses contradictions internes. Ce bouleversement pourrait être suffisamment puissant pour inciter Israël à sortir de ses dénis et de son enfermement et entraîner le pays vers une réconciliation et une coexistence historiques. Ainsi les Palestiniens obtiendraient non seulement la fin de l’occupation militaire, mais se trouveraient en outre aux côtés d’un peuple disposé à vivre en paix et en harmonie avec eux. Ceci créerait graduellement les conditions nécessaires pour le partage et la solidarité, laissant loin derrière la politique démographique fondée sur des critères raciaux et des privilèges coloniaux. La génération de 1948 ne verra pas ces développements, mais leurs petits-enfants les verront peut-être. Un tel développement ne constituerait pas une compensation pour les souffrances de 1948, mais permettrait à une nouvelle génération de Palestiniens et d’Israéliens de construire une nouvelle société où la dépossession, l’expulsion et la domination appartiendraient au passé. Les impulsions utopistes actuelles seraient alors réalisées.
Pensez-vous qu’il soit possible que Washington, dans sa détermination à discréditer le Hamas et donc de légitimer Abbas, pourrait impulser un élan vers un règlement – ce malgré ses propres penchants ?
BAM : Non. Depuis la bévue du Hamas à Gaza [14], Abbas a courtisé sans cesse les Israéliens, et refusé tout dialogue et conciliation avec le Hamas, et pourtant Israël n’a pratiquement rien donné aux Palestiniens. Il a lâché quelque argent et 250 prisonniers du Fatah, mais c’est là bien peu de chose si l’on tient compte du fait qu’Israël détient plus de 11’000 prisonniers palestiniens sans parler des douzaines de Palestiniens qui continuent à être arrêtés chaque semaine. Il n’y a pas eu de changement substantiel en ce qui concerne la politique des check-points [15], aucun territoire occupé n’a été libéré et pas un seul Palestinien n’a eu la vie épargnée. Pendant ce temps, Washington n’a cessé de célébrer, de soutenir et de protéger Israël de la loi internationale.
Dans ces conditions, comment les Etats-Unis peuvent-ils espérer faire accepter au monde une soi-disant conférence de paix internationale ? Alors que cette même administration a affamé et sanctionné les Palestiniens durant l’année et demie passées et a renforcé le siège colonial israélien ? De quelle paix peut bien parler Washington lorsque les Palestiniens n’ont pas accès à 60% de la Cisjordanie à cause de l’occupation israélienne ? Quelle paix les Etats-Unis peuvent-ils vouloir au Moyen-Orient alors qu’ils ont augmenté l’aide militaire à Israël de 25% d’un coup, atteignant 30 milliards de dollars pour les prochaines dix années ?
Washington ne voit pas de paix dans l’Orient arabe, il ne voit que du sang et du pétrole. (Traduction A l’encontre)
* Cet entretien avec Bashir Abu-Manneh a été publié dans la revue socialiste indépendante New-Politics, aux Etats-Unis, Vol. XI, No.4. Bashir Abu-Manneh est originaire d’Häifa. Il enseigne au Barnard College, institution associée à Columbia University.
** Elle a été la fondatrice, en 1973 du Mouvement pour les Droits des Citoyens, qui a fusionné avec Mapam et Shinui pour former Meretz au début des années 1990.
1. Pour un récit plus récent concernant l’Autorité Palestinienne, voir Nigel Parsons, The Politics of the Palestinian Authority : From Oslo to al-Aqsa, London : Routledge, 2005.
2. Voir le site Internet de l’Association of Forty.
3. Sever Plocker, « Arabs are pores », 5.9.2007.
4. The End of the Peace Process : Oslo and After (New York : Vintage, 2000), p. 345.
5. Pour une description du peu d’enthousiasme qu’ont manifesté les Etats arabes pour soutenir les Palestiniens en 1948, voir The War for Palestine : Rewriting the History of 1948, ed. Eugene L. Rogan and Avi Shlaim (Cambridge : Cambridge University Press, 2001).
6. Pour un résumé des conceptions de Munif, voir Iskandar Habash, « Unpublished Munif Interview : Crisis in the Arab World – Oil, Political Islam, and Dictatorship », 2003.
7. Hany al-Hassan, « Fatah Between Theory and Practice », Shuun Falastiniya [ou les Affaires plaestiniennes], 7 (mars 1972) (en arabe), p. 20.
8. « The Current State of the Palestinian Resistance, » Shuun Falastiniya, 2 (May 1971), pp. 57-74, 62.
9. Pour une analyse plus complète de ce document, voir mon article « Occupied Palestine : Prisoners, Colonial Elites, and Fundamentalists », ZNet, 11.6.2006.
10. Interview avec Tom Segev in Haaretz, 24.8.1990, cité dans Reuven Kaminer, The Politics of Protest : The Israeli Peace Movement and the Palestinian Intifada (Brighton : Sussex Academic Press, 1996). L’ouvrage de Kaminer’s est le meilleur sur le mouvement de l’opposition israélienne.
11.. Pour un échantillon représentatif, voir ci-dessous. Pour une analyse plus récente, voir l’important exposé de Moshe Machover "Israelis and Palestinians : Conflict and Resolution" (20.11.2006)
12. Voir ci-dessous
13. Voir Amira Hass, « Disrupting the Separation Policy, », Haaretz, 25.9.2007.
14. For mon analyse de la prise de pouvoir du Hamas à Gaza, voir « Symptoms of Decay in Occupied Palestine », ZNet, 16.7.2007. (Les symptômes de dégénérescence dans la Palestine occupée, site alencontre.ch)
15. Le Ministre de la défense Ehud Barak a dit qu’il enlèverait 24 barrages non surveillés en Cisjordanie (malgré le fait que les militaires et l’agence de renseignements israéliens y soient opposés), mais, comme relevé par les Nations Unies, au cours des mois récents 40 nouveaux barrages ont été établis. Le Rapport No 47 du Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires, Implementation of the Agreement on Movement and Access, (22.8 -4 9.2007).
(18 avril 2008)
publié en français et traduit par alencontre