Tout Juif qui se respecte, religieux ou séculier, ne peut plus garder le silence, voir pire, soutenir le régime sioniste, et ses crimes de génocide perpétrés contre le peuple palestinien...La secte sioniste est à l’opposé du Judaïsme. .................... Mensonge, désinformation, agression, violence et désobéissance de la loi internationale sont aujourd’hui les principales caractéristiques du sionisme israélien en Palestine.
Dans 1948 and After, Benny Morris revient plus longuement sur le rôle joué par Yosef Weitz, alors directeur du département foncier du Fonds national juif (16). Dans son Journal, le 20 décembre 1940, ce sioniste aux convictions tranchées confiait sans détours : « Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays (...) et la seule solution, c’est la Terre d’Israël sans Arabes (...) Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins (...) Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine.
Ce programme radical, sept ans plus tard, Yosef Weitz va pouvoir l’appliquer lui-même. Dès janvier 1948, il orchestre, ici et là, l’expulsion des Palestiniens. En avril, il obtient la constitution d’« un organisme qui dirige la guerre avec pour but l’éviction d’autant d’Arabes que possible ». Informel jusqu’à fin juin, officiel ensuite, le « Comité du transfert » supervise la destruction des villages arabes abandonnés ou leur repeuplement par de nouveaux immigrants juifs. Bref, quand David Ben Gourion déclare au Conseil des ministres, le 16 juin 1948, vouloir éviter « à tout prix » le retour des réfugiés, il s’agit, non d’une phrase en l’air, mais d’un programme politique très concret...
Entre historiens anciens et nouveaux, et au sein même de la nouvelle école, le débat le plus vif porte sur la nature de la politique arabe du Yichouv et de ses forces armées durant les six premiers mois de 1948. Dans son premier livre, The Birth, Benny Morris s’en tenait à une thèse « centriste » : « Le problème palestinien, assurait-il, est né de la guerre, et non d’une intention, juive ou arabe (17). » Il a nuancé cette appréciation dans son deuxième livre, 1948, en définissant le transfert comme « un processus cumulatif, aux causes enchevêtrées, mais [avec] un déclencheur majeur, un coup de grâce [en français dans le texte], en forme d’assaut de la Hagana, de l’Irgoun ou des Forces de défense d’Israël dans chaque localité (18) ». Benny Morris nie cependant l’existence d’un plan d’expulsion, et tend à disculper David Ben Gourion, président de l’Agence juive, puis Premier ministre et ministre de la Défense du jeune État d’Israël. Peut-être tactique, cette attitude contredit en tout cas nombre d’éléments que l’historien rapporte lui-même :
Benny
Morris souligne l’engagement de longue date de Ben Gourion en faveur du projet de « transfert » (notamment à partir de 1937, en réponse à la Commission Peel). Il nous apprend de
surcroît, archives à l’appui, que les textes du mouvement sioniste comme les Journaux de ses dirigeants ont été systématiquement expurgés pour gommer les allusions au « transfert » et
les opérations d’expulsion, envisagées ou réalisées.
Benny
Morris décrit en permanence Ben Gourion menant d’une main de fer l’entreprise d’expulsion des Arabes et de confiscation de leurs biens. Et il le dépeint toujours soucieux de ne laisser aucune
trace de sa responsabilité.
Benny
Morris insiste également sur ce qu’il appelle le « facteur atrocité ». L’historien montre en effet que, loin de représenter une « bavure » extrémiste, le massacre de Deir
Yassine a été précédé et suivi de nombreux autres commis par la Hagana, puis par Tsahal, de la fin 1947 à la fin 1948. L’historien reviendra, dans la seconde édition de The Birth, en 2004, sur
l’étendue de ces tueries, à partir des archives récemment ouvertes : « Ce que montrent les nouveaux matériaux, c’est que les Israéliens ont commis bien plus de massacres que je ne
l’avais pensé auparavant. »
Enfin Benny
Morris admet clairement que l’opération Nahshon et le plan Dalet comportent une indiscutable dimension d’expulsion. A la page 62 de The Birth, il estime que « l’essence » du plan D
était « de chasser toutes les forces hostiles et potentiellement hostiles de l’intérieur du territoire futur de l’État juif, d’établir une continuité territoriale entre les principales
concentrations de population juive et d’assurer la sécurité des futures frontières avant l’invasion arabe attendue. Comme les irréguliers arabes étaient basés et cantonnés dans les villages, et
comme les milices de nombreux villages participaient aux hostilités contre le Yichouv, la Hagana considérait la plupart des villages comme activement ou potentiellement hostiles ». A la page
suivante, il reconnaît que le plan D représentait « un ancrage stratégico-idéologique pour l’expulsion par les commandants de front, de district, de brigade et de bataillon » auxquels
il donnait « post facto une couverture formelle et convaincante pour expliquer leurs actions ». Et pourtant, Benny Morris assure, page 62, que « le plan D n’était pas un plan
politique d’expulsion des Arabes de Palestine ». Après quoi il affirme page 64 : « A partir du début avril, il y a des traces claires d’une politique d’expulsion à la fois au
niveau national et local en ce qui concerne certains districts et localités stratégiques-clés »...
Le fait que les archives n’aient pas - jusqu’ici - révélé de directive globale d’expulsion suffit-il pour nier le phénomène et les responsabilités de la direction du Yichouv ? Tout indique qu’il existait sur ce point un consensus extrêmement solide dans l’appareil politique et militaire, y compris parmi nombre de cadres du Mapam. Si le Parti sioniste socialiste et ses ministres mènent bataille contre l’expulsion, ses dirigeants et militants directement engagés dans l’affrontement, eux, n’hésitent pas, qu’il s’agisse des combattants du Palmah ou des membres de kibboutzim situés en première ligne.
Comme l’écrit Benny Morris, « Ben Gourion voulait clairement que le moins d’Arabes possible demeurent dans l’État juif. Il espérait les voir partir. Il l’a dit à ses collègues et assistants dans des réunions en août, septembre et octobre. Mais aucune politique d’expulsion n’a jamais été énoncée et Ben Gourion s’est toujours abstenu d’émettre des ordres d’expulsion clairs ou écrits ; il préférait que ses généraux “comprennent” ce qu’il souhaitait les voir faire. Il entendait éviter d’être rabaissé dans l’histoire au rang de “grand expulseur” et ne voulait pas que le gouvernement israélien soit impliqué dans une politique moralement discutable (19). »
Ilan Pappé va, lui, beaucoup plus loin. Et son dernier livre, The Ethnic Cleansing of Palestine, qui paraîtra au printemps chez Fayard, constitue une somme, sinon définitive – il n’y a jamais de point final dans la recherche historique -, en tout cas majeure sur 1948. Certes, l’historien avait déjà écrit plusieurs essais importants qui, tout en s’inscrivant dans le mouvement de la « nouvelle histoire », le distinguaient nettement du pionnier de cette dernière. Dès 1992, avec The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, il opposait aux thèses « centristes » de Benny Morris une analyse plus radicale de l’expulsion des Palestiniens : pour lui, il ne s’agit pas d’une conséquence de la guerre, mais du résultat d’un plan mûrement réfléchi.
Non seulement il développe cette approche dans son nouvel ouvrage de manière approfondie et cohérente, mais il le fait à la manière de… Benny Moris : avec forces citations tirées des archives de la Hagana, du Palmah et des Forces de défense d’Israël, ainsi que des Journaux de David Ben Gourion et d’autres dirigeants juifs. Mais, contrairement à son collègue et adversaire, il évoque aussi les travaux d’historiens palestiniens et arabes ainsi que les témoignages de protagonistes palestiniens des événements. Après The Ethnic Cleansing, nul ne pourra plus raconter – honnêtement – 1948 comme avant…
Le livre s’ouvre sur la « Maison rouge », cet immeuble Bauhaus de Tel-Aviv devenu, en 1947, le quartier général de la Hagana. Ce 10 mars 1948, onze hommes, « vieux dirigeants sionistes et jeunes officiers juifs, apportent la touche finale à un plan de nettoyage ethnique de la Palestine. Le soir même, des ordres militaires sont diffusés aux unités sur le terrain afin qu’elles préparent l’expulsion systématique des Palestiniens de vaste zones du pays. Ces ordres comprenaient une description détaillée des méthodes à employer pour chasser les gens par la force ». Six mois après, « plus de la moitié de la population autochtone de la Palestine, soit près de 800 000 personnes, avait été déracinée, 531 villages détruits et onze villes vidées de leurs habitants ».
Le plan du 10 mars « et par-dessus tout sa mise en œuvre systématique dans les mois suivants constituent donc un cas évident d’opération de nettoyage ethnique, lequel est désormais considéré par la loi internationale comme un crime contre l’humanité ». Avec l’irruption des moyens de communication électroniques, poursuit Pappé, « il est devenu quasiment impossible de dissimuler des crimes contre l’humanité à grande échelle ». Et pourtant « un de ces crimes a été presque totalement effacé de la mémoire publique globale : la dépossession des Palestiniens en 1948 par Israël ». Pis, il a été « systématiquement nié et n’est toujours pas reconnu aujourd’hui comme un fait historique (20) ».
Les « nouveaux historiens » se sont bien sûr efforcés de réviser la version traditionnelle de la guerre de 1948. « J’étais l’un d’eux », ajoute Pappé qui, autocritique, estime néanmoins que ses confrères et lui ont « éludé la question du nettoyage ethnique » : comme les « historiens diplomatiques », ils se sont « concentrés sur les détails ». Certes, grâce aux archives militaires israéliennes, lui et ses confrères ont pu non seulement démontrer l’absurdité de la thèse selon laquelle les Palestiniens seraient partis volontairement, mais aussi confirmer « beaucoup de cas d’expulsions massives » de villages et de villes et révéler « un nombre considérable d’atrocités, y compris de massacres (21) ».
Mais leur démarche comportait, ajoute Pappé, une limite majeure cependant, évidente chez le précurseur de la « nouvelle histoire » : le fait de s’appuyer exclusivement sur les archives, considérées comme l’expression d’une « vérité absolue », l’a conduit à une appréhension déformée de la réalité sur le terrain. Si Morris et les autres s’étaient tournés vers l’histoire orale, y compris arabe, ils auraient pu mieux saisir la « planification systématique derrière l’expulsion des Palestiniens en 1948 » et fournir « une description plus véridique de l’énormité des crimes commis ». D’où l’objectif que Pappé assigne à son nouveau livre : « défendre le paradigme du nettoyage ethnique et le substituer à celui de guerre » – pour la recherche universitaire comme pour le débat public sur 1948.
Il est évidemment impossible de résumer ici les 320 pages de The Ethnic Cleansing of Palestine : après une définition du concept de « purification ethnique » et une étude sur la place du « transfert » dans la pensée sioniste, Pappé y décrit dans le détail comment, dès le début des années 1940, la direction du Yichouv a préparé, puis mis en œuvre, étape après étape, l’expulsion des Palestiniens.
Je ne citerai qu’un fait qui, à mes yeux, ébranle la thèse d’une expulsion non planifiée : la constitution, dès avant le Seconde Guerre mondiale, d’un fichier de tous les villages arabes établi dès avant la Seconde Guerre mondiale. C’est un jeune historien de l’Université hébraïque de Jérusalem, Ben-Zion Luria, qui en proposa l’établissement : « Cela aiderait grandement à la rédemption de la terre », écrivit-il au Fonds national juif (FNJ). Recruté pour s’en charger, un topographe de l’Université hébraïque « suggéra de conduire une inspection à l’aide de photographies aériennes ». Les meilleurs photographes professionnels du pays contribuèrent au projet, un laboratoire étant installé dans la maison de Margot Sadeh… l’épouse de Itzhak Sadeh, le chef du Palmah !(22)
Ainsi furent constitués des dossiers détaillés sur chacun des villages de Palestine, qui comprenaient, explique Pappé, « les routes d’accès, la qualité de la terre, les sources, les principales sources de revenu, la composition sociologique, les affiliations religieuses, le nom des muktars, les relations avec les autres villages, l’âge des habitants hommes (de 16 à 50 ans) et bien d’autres choses ». La plus importante était « un index de l’“hostilité” [à l’égard du projet sioniste], à partir du niveau de la participation du village à la révolte de 1936. Une liste comportait quiconque y avait pris part et les familles de ceux qui avaient perdu quelqu’un dans le combat contre les Britanniques. Une attention particulière était prêtée aux gens qui avaient prétendument tué des Juifs. Comme nous le verrons, en 1948, cette dernière information alimentera les pires atrocités dans les villages, conduisant à des exécutions de masse et à des tortures ».
En 1943, Ezra Danin, qui jouera cinq ans plus tard un rôle dirigeant dans l’épuration ethnique, systématisera tout le fichier. À partir de ce moment, les dossiers inclurent « des descriptions détaillées des liens familiaux, les cultures, le nombre d’arbres dans les plantations, la qualité de chaque verger (et même de chaque arbre), la quantité moyenne de terre par famille, le nombre de voiture, les propriétaires de commerces, les membres des ateliers et les noms des artisans dans chaque village avec leurs compétences. Plus tard, s’ajouteront des indications méticuleuses sur chaque clan et son affiliation politique, la stratification sociale entre notables et simples paysans ainsi que les noms des fonctionnaires du gouvernement mandataire (23) ».
Plus la fin du mandat britannique approcha, et plus « l’information s’orienta de manière explicitement militaire : le nombre de gardes (la plupart des villages n’en avaient aucun) et les quantité et qualité des armes à la disposition du village (en général archaïques ou même absentes) ». Pour compléter leurs fichiers, Ezra Danin et son assistant, Yaacov Shimoni, recrutèrent deux autres collaborateurs, Yehoshua Palmon et Tuvia Lishanski, mais aussi des « informateurs » palestiniens. « L’actualisation définitive des dossiers des villages, précise l’historien, se déroula en 1947. Elle se focalisa sur la constitution de listes de personnes “recherchées” dans chaque village. En 1948, les troupes juives utilisèrent ces listes pour les opérations de recherche et d’arrestation qu’elles conduisaient dès qu’elles occupaient une localité. Les hommes étaient alignés et ceux qui figuraient sur les listes étaient identifiés, souvent par la même personne qui avait fourni les informations à leur sujet (…), la tête recouverte d’un sac avec deux yeux afin de ne pas être reconnue. Les hommes ainsi choisis étaient souvent abattus sur le champ. »
Toute affiliation au mufti ou à son parti politique « constituait un crime aux yeux des experts sionistes. En consultant les fiches de 1947, nous voyons que des villages de 1 500 habitants comprenaient environ entre vingt et trente de ces suspects ». Igaal Yadin l’a reconnu, conclut Pappé : « C’est cette connaissance détaillée de ce qui se passait dans chaque village palestinien qui a permis au commandement militaire sioniste en novembre 1947 de conclure que “les Arabes de Palestine n’avaient personne pour les organiser correctement”. Le seul problème sérieux était les Britanniques : “S’il n’y avait pas eu les Britanniques, nous aurions écrasé l’émeute [contre le plan de partage] en un mois. (24) »
Merci votre attention.
(1) In Middle East Forum, novembre 1961, republié avec un nouveau commentaire par le Journal of Palestine Studies, vol. XVIII, n° 69, 1988.
(2) Les livres de la Revue d’études palestiniennes, Paris, 1984.
(3) Leurs livres les plus importants sont : Simha Flapan, The Birth of Israel, Myth and Realities, Pantheon Books, New York, 1987 ; Tom Segev, 1949. The First Israelis, Free Press MacMillan, New York Londres, 1986 ; Avi Schlaïm, Collusion across the Jordan. King Abdallah, the Zionist Movement and the Partition of Palestine, Clarendon Press, Oxford, 1988 ; Ilan Pappé, Britain and the Arab-Israeli Conflict, 1948-1951, MacMillan, New York, 1988, et The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, I. B. Tauris, New York, 1992 ; et Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge University Press, Cambridge, 1987, et 1948 and After. Israel and the Palestinians, Clarendon Press, Oxford, 1990.
(4) Notamment Shabtaï Teveth, Avraham Sela, Itamar Rabinovich et, dans la rubrique purement polémique, Ephraïm Karsh.
(5) Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Complexe, Bruxelles, 2003 ; Ilan Pappé, La guerre de 1948 en Palestine et Les Démons de la Nakba, La Fabrique, Paris, respectivement 2000 et 2004 ; Eugène Rogan et Avi Shlaïm (dir.), 1948. La Guerre de Palestine : derrière le mythe, Autrement, Paris, 2002 ; Tom Segev, Les Premiers Israéliens, Calmann-Lévy, Paris, 1998.
(6) Nur Masalha, « 1948 and After revisited », Journal of Palestine Studies 96, publié par University of California Press for the Institute of Palestine Studies, Berkeley, vol. XXIV, n° 4, été 1995.
(7) Haaretz, Tel-Aviv, 9 janvier 2004.
(8) Benny Morris, 1948, op. cit, p. 14.
(9) Ilan Pappé, The Making, op. cit., p. 212.
(10) Cité par Avi Shlaïm, Collusion...., op. cit., p. 474-475.
(11) Ilan Pappé, The Making..., op. cit., p. 193.
(12) The Birth..., op. cit, p. 129.
(13) Voir Erskine Childers, « The Other Exodus », The Spectator Magazine, Londres, 12 mai 1961, cité par Nadine Picaudou, Les Palestiniens, un siècle d’histoire, Éditions Complexe, Bruxelles, 1997, p. 115.
(14) 23 octobre 1979.
(15) Cité par Simha Flapan, op. cit., p. 107.
(16) 1948 and After, op. cit., chapitre 4.
(17) Benny Morris, The Birth..., op. cit., p. 286.
(18) Benny Morris, 1948..., op. cit., p. 32.
(19) Benny Morris, The Birth..., op. cit., pp. 292-293.
(20) The Ethnic cleansing…., op. cit., pp. xii et xiii.
(21) Ibidem, pp. xiii à xv.
(22) Ibidem, pp. 17 et 19.
(23) Ibidem, pp. 19 et 20.
(24) Ibidem, pp. 20 à 22.