Tout Juif qui se respecte, religieux ou séculier, ne peut plus garder le silence, voir pire, soutenir le régime sioniste, et ses crimes de génocide perpétrés contre le peuple palestinien...La secte sioniste est à l’opposé du Judaïsme. .................... Mensonge, désinformation, agression, violence et désobéissance de la loi internationale sont aujourd’hui les principales caractéristiques du sionisme israélien en Palestine.
Par Esther Benbassa (Historienne,spécialiste de l’histoire des Juifs)
On connaît le sort indigne qui a été réservé au journaliste de France2 Charles Enderlin, habitant Israël, à qui on reprochait d’avoir diffusé les images de la mort du petit Muhamad al Durah, cible de l’armée israélienne, ainsi qu’à d’autres, de Daniel Mermet à Pascal Boniface, en passant par Edgar Morin, taxés d’un anti-israélisme identifié par certains à de l’antisémitisme. De tels précédents devraient inciter à plus de prudence encore lorsqu’on traite de sujets pareils et qu’on sait la vigilance des soutiens inconditionnels d’Israël, veillant à chaque mot ou à chaque phrase prononcés pour lancer un procès ou se répandre sur la toile.
Lorsque B. Guigue parle de l’Etat d’Israël comme "seul État au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles", il tire sans doute son information d’Amira Hass, journaliste au quotidien israélien Haaretz, laquelle rapporte sa conversation avec un soldat dans un article paru le 20 novembre 2000 et repris depuis dans son recueil, paru en français, "Correspondante à Ramallah" (La Fabrique, 2004). A la question de la journaliste qui lui demande s’il est permis de tirer sur un enfant de moins douze ans, ce soldat répond : "Douze ans et plus c’est permis, ça n’est plus un enfant, c’est après la bar-mitzvah. Quelque chose comme ça." (p. 111). On peut aussi observer que les actes de guerre palestiniens ne sont pas eux-mêmes toujours spécifiquement dirigés contre les militaires israéliens, mais touchent aussi des civils, femmes, enfants, vieillards et simples passants. L’un n’excusant pas l’autre.
Quant à la phrase qui a probablement valu son limogeage à B. Guigue –"Ils [les admirateurs occidentaux d’Israël] doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat."– et qui, à la première lecture, et si elle n’est pas recontextualisée, n’est pas sans susciter un certain malaise, elle tire probablement sa substance de la note 17 de la page 94 du livre Les Emmurés (La Découverte, 2005) de Sylvain Cype, journaliste au Monde, ex-correspondant à Jérusalem et actuellement aux Etats-Unis, ayant vécu de longues années en Israël et lui-même d’origine juive. Cet ouvrage a été traduit en plusieurs langues et notamment en anglais, et on ne saurait le soupçonner du moindre "antisémitisme". Il relève certes d’une lecture critique, mais solide de la société israélienne.
Le limogeage de B. Guigue est d’abord le signe de l’impossibilité de conduire un authentique débat dans notre pays et de l’influence des groupes de pression communautaires auprès des instances gouvernementales. Je ne partage ni le ton, ni la façon polémique de la présentation par B. Guigue de la politique menée par Israël à l’endroit des Palestiniens. Cette absence grave de culture du débat en France ne peut que déboucher sur des polémiques stériles de cette nature. Parce que les idées contradictoires ne réussissent pas à s’exprimer dans le cadre d’un échange de vues équilibré, rigoureux et véritablement attentif.
On aurait pu s’attendre à ce que les mêmes groupes de pression qui ont dénoncé B. Guigue se contentent de lui répondre par des articles d’opinion dans la presse ou sur le net. Non, on a préféré le faire limoger, comme si nous vivions dans un État de droit divin ou simplement totalitaire. Il n’est pas sûr que si un commis de l’Etat s’était exprimé avec la même violence sur l’islam ou sur les Palestiniens ou sur tout autre pays aurait eu à subir le même sort.
Reste que l’un des aspects les plus inquiétants de cette affaire est le poids croissant qu’acquièrent en France les groupes de pression.Vont-ils désormais museler toute pensée au gré de leurs diktats ? Israël est critiquable comme n’importe quel pays et il n’a rien de sacré qui doive empêcher les hommes et les femmes de bonne volonté de le faire en toute honnêteté, en évitant bien sûr les dérives qui nuisent à la crédibilité de toute démarche en faveur de la légitime cause palestinienne.
On évoque, pour B. Guigue, le devoir de réserve qui s’imposerait aux fonctionnaires. Observons d’abord qu’il s’est exprimé dans la tribune d’Oumma.com en tant que simple citoyen et non comme sous-préfet. L’article 10.1 de la CEDH stipule en outre que "toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir d’ingérences d’autorités publiques et sans considération de frontières". Certes, la liberté d’expression n’est pas sans limites et elle peut-être soumise à des "formalités, conditions, restrictions ou sanctions". Selon le paragraphe 2 de l’article 10 de la CEDH, "l’ingérence doit être prévue par la loi ; elle doit être dirigée vers un ou des buts légitimes (la sécurité nationale, l’intégrité territoriale ou la sûreté publique, la défense de l’ordre et la prévention du crime, la protection de la santé ou de la morale, la protection de la réputation ou des droits d’autrui)". En critiquant Israël, M. Guigue n’entrait nullement dans ce cas de figure.Il convient également d’ajouter que la Cour européenne des droits de l’Homme a affirmé explicitement que la liberté d’expression s’appliquait aussi aux fonctionnaires et ceci dans une décision datant de septembre 1995.
Toutefois, "la liberté d’expression des fonctionnaires peut être limitée au nom de l’obligation de réserve qui varie en fonction de critères divers, tels que la place du fonctionnaire dans la hiérarchie, les circonstances dans lesquelles il s’est exprimé, les modalités et les formes de son expression". Ainsi, "le respect de cette obligation (…) est apprécié cas par cas par l’autorité publique compétente…" Qui nous dit que demain la même obligation ne s’appliquera pas aussi à l’intellectuel(le) fonctionnaire dont le devoir est d’exercer son esprit critique, indissociable de sa fonction ?
Par Esther Benbassa