Le dernier “poilu” de la guerre de 1914-1918,
Lazare Ponticelli,
est mort à l'âge de 110 ans
” Nous avons fait une guerre sans savoir pourquoi nous la faisions. Pourquoi se tirer dessus alors qu'on ne se connaît pas ? Il y avait des gens qui
avaient des familles à nourrir”.
Un hommage national lui sera rendu lundi 17 mars 2008 à l'ensemble de ceux qui ont combattu et des 1,4 millions de français morts pour la France. Lazare
Ponticelli avait d'abord dit qu'il refusait cet hommage national avant de l'accepter parce qu'il “souhaitait qu'à travers lui, cet hommage national soit
rendu à l'ensemble des combattants de la Première guerre mondiale”. 8,5 millions de soldats sont morts pendant la Grande guerre, celle qui devait être
“la der des ders”.
La vie de cet homme serai passée dans l'anonymat s'il n'avait pas été le dernier poilu de 14-18. Pourtant, en lisant les lignes ci-dessous tirées de son
livre, on s'apperçoit très vite que cet homme est un héros parmi beaucoup d'autres même s'il ne voulait être considéré ainsi.
Nous sommes au début de l'été 1914 et, Lazare Ponticelli, se présente à la caserne du premier régiment de marche étranger, boulevard Richard
Lenoir à Paris (il refuse d'être incorporé dans l'Armée de Garibaldi car il veut absolument combattre dans un régiment appartenant à la France). Il
renoue contact avec son frère Céleste qui, lui aussi, souhaite s'engager dans la Légion. Les deux frères sont mobilisés en même temps et rejoignent
Nîmes pour deux semaines d'instruction. Ils reçoivent quinze jours de complément de formation militaire dans la région d'Avignon. Ils sont alors
envoyés au front, vers Soisson. La bataille y fait rage. Son frère Céleste est blessé, à ses côtés, au Chemin des Dames : c'est Lazare qui lui prodigue
les premiers soins. Les combats sont terribles et nombreux sont les camarades qui tombent morts ou blessés. Certains, encore en vie, restent coincés
dans le no man's land entre les deux lignes : les brancardiers ne veulent pas prendre le risque d'aller les chercher. Une fois, peu après une attaque
en Argonne, Lazare n'en pouvant plus d'entendre les cris d'un camarade agonisant entre les lignes, prend le risque d'aller le chercher. Durant cette
nuit, il sauve la vie de deux soldats : un Allemand blessé, père de deux enfants, qu'il parvient à ramener dans la tranchée allemande ; un soldat
français, blessé par un éclat d'obus à la jambe, père de quatre enfants, qu'il tire jusqu'à la tranchée française. Les conditions de vie au front sont
dures : l'eau, la boue, les rats… Lazare Ponticelli combat ainsi à Soisson (au Chemin des Dames), en Argonne, à Verdun (Douaumont,…). Le fort de
Douaumont, tenu par des français, est encerclé par les Allemands. Le bataillon de Lazare Ponticelli est envoyé à l'attaque, avec pour objectif de le
libérer. Les Allemands sont mis en fuite.
Lors de l'entrée en guerre de l'Italie en mai 1915, Lazare Ponticelli est encore à Verdun, dans les tranchées. La France le démobilise et le met à
disposition de son pays natal. Mais il refuse de rejoindre l'Italie et Turin : il retourne à Paris. . Fin 1915, il doit rejoindre l'Italie pour
participer aux combats contre l'Empire d'Autriche-Hongrie. Ce sont les gendarmes qui l'obligeront à quitter la France et qui, par la force, l'amèneront
à Turin. Il est incorporé dans la 159ème Compagnie militaire du 3ème régiment de chasseurs alpins italiens. Il participe à un épisode de fraternisation
entre soldats italiens et soldats austro-hongrois, à Pal Piccolo, en pleine montagne. Durant plus de trois semaines les hommes des deux camps ne se
tirent plus dessus : ils échangent des aliments et effectuent des rondes mixtes, sur la ligne de front. La fraternisation s'étend. Les officiers
autrichiens et italiens se réunissent : sa compagnie passe en conseil de guerre. Lazare Ponticelli et ses compagnons risquent le peloton d'exécution.
Mais ils sont réaffectés sur le Monte Cucco (en Slovénie actuelle) face à une compagnie autrichienne d'élite. Lors des attaques il doit faire face aux
gaz et balles adverses ; les morts italiens sont nombreux. Il parvient, au bout d'une journée de tirs incessants avec sa mitrailleuse FIAT, à conquérir
une portion de tranchée ennemie : 250 Autrichiens sont fait prisonniers ; Lazare est blessé au visage par un éclat. La blessure est bien infectée. Le
chirurgien doit intervenir au plus vite. Ponticelli est opéré sans anesthésie : quatre de ses camarades doivent le tenir. Après une période de
convalescence dans la région de Naples, il repart au combat au cours de l'année 1918. Les Autrichiens reculent. Des troupes françaises combattent
maintenant aux côtés des Italiens. Un soir, des Français sont attaqués par des soldats autrichiens. Lazare les couvre avec sa mitrailleuse. Cette
action lui vaut la Médaille du Roi, la plus haute distinction de l'Armée italienne. Il apprend la signature de l'Armistice lors d'une attaque à Monte
Grappa : Italiens et Autrichiens lèvent les bras, ils sont fous de joie.
En 1939, Lazare Ponticelli obtient la nationalité française par naturalisation.
Ponticelli Frères, les premières années , de Lazare Ponticelli, éd. Le Kremlin Bicêtre, 2005,
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