Signe révélateur de l' influence sur le déclin d'un dictateur : sa paranoïa croissante. Et c'est exactement ce dont souffre le Président Hosni Moubarak, le dictateur d'Egypte soutenu par les
US. L'Egypte dite "modérée" s'aligne sur Tel Aviv pour discréditer la résistance du Hezbollah et du Hamas par des pseudos complots.
Alors que s'intensifie la critique de la complicité de l'Egypte du siège israélien et de l'attaque contre Gaza, et que son rôle traditionnel de dirigeant du Monde Arabe s'estompe, la position
et la légitimité de Moubarak aux yeux de son peuple a décliné. A l'opposé, sa paranoïa, atteint des sommets vertigineux.
Cela s'est manifesté quand le quotidien Al- Ahram, contrôlé par l'état, a publié un article samedi dernier accusant les nations et les personnes et organisations suivantes d'essayer de
déstabiliser le pays, ou selon les mots du journal de " .... pousser l'Egypte au bord du chaos et de faciliter un coup" : l'Iran, la Syrie, le
Qatar,le Hezbollah, le Hamas, les Frères Musulmans d'Egypte, le président iranien Mahmoud Hamadinejad, le secrétaire général du Hezbollah Sayyid Hassan Nasrallah, le chef du Hamas , Khaled
Meshal, le dirigeant des Frères Musulmans Mahdi Akef, et la chaîne d'information basée au Qater, Al Jazeera. Quelques jours plus tard, la liste s'est allongée avec le Liban.
Les relations s'étaient déjà détériorées plus tôt dans le mois quand les responsables de la sécurité égyptienne avaient fait connaître publiquement qu'ils avaient découvert un "réseau
d'espionnage" soutenu par le Hezbollah, et une "cellule terroriste" opérant dans le Sinaï. 25 "agents" ont été arrêtés et la chasse continue pour un nombre similaire. Nasrallah a
effectivement reconnu que l'un de ceux capturés était un membre du Hezbollah, chargé d'aider à passer des armes clandestinement dans Gaza. Il a cependant démenti les affirmations constamment
changeantes de l'Egypte que le véritable but du groupe c'était d'inciter la population bédouine du Sinai contre le gouvernement , attaquer des sites touristiques dans le Sinaï, renverser le
régime, ou lancer des attaques sur le Canal de Suez, en Egypte, ou en Israël....
"Si aider les Palestiniens est un crime, j'admets officiellement être responsable de ce crime....Et si c'est une accusation, nous sommes fières de
celle-ci," a répondu Nasrallah.
Selon Al-Arham, la pseudo "conspiration" pour renverser Moubarak a d'abord transpiré quand le Hamas a violé l'accord de cessez le feu avec Israël - effectivement un complot plutôt remarquable
étant donné qu'il n'y a jamais eu de soit disante violation du cessez feu par le Hamas. C'est un mythe colporté par routine par le gouvernement israélien pour justifier leur massacre de Gaza,
et maintenant un mythe que répète l'Egypte comme un perroquet.
La réalité c'est que le Hamas a respecté le cessez le feu et n'a seulement répondu par des tirs de roquettes que quand Israël a violé le cessez le feu, comme ils l'ont fait le 5 novembre
quand 7 Palestiniens ont été tués sans raison lors d'une attaque aérienne. Ceci sans parler du siège inhumain de 18 mois auquel ont été soumis les Gazaouites; refuser de les approvisionner en
nourriture, eau potable, médicaments et fournitures humanitaires de base. Cet embargo n'était pas seulement une violation flagrante du droit international mais un acte de guerre prima facie ( un acte de guerre dont l'Egypte s'est rendu complice en maintenant fermé le poste frontière de Rafah à Gaza).
Le ton juvénile adopté par la presse contrôlée par le gouvernement egyptien pour discuter les tensions actuelles reflète bien celui de la direction. L'article d' Al Ahram a désigné le Qatar -
le nouveau rival de l'Egypte dans le Monde Arabe - comme étant un " état minuscule". Selon le Los Angeles Times, un chroniqueur égyptien a qualifié l'Emir de ce pays, le Sheikh Hamad Ibn
Khalifa al - Thani, comme un "prince joufflu" tandis qu'Al Gomhuria qui appartient à l'état, appelait Nasrallah un "singe Sheikh".
Un tel langage puéril révèle l'état délabré du journalisme et du reportage chez ces porte parole ( comme on peut s'y attendre). Plus important encore c'est comment les théories conspiratrices
avancées par Moubarak et la paranoïa qui s'enracine ont provoqué un rapprochement dans l'alignement sur Israël plus grand que par le passé, aliénant encore plus Moubarak d'avec les Egyptiens
ordinaires et du reste du Monde Arabe.
Bien qu'occupé à identifier ses ennemis alentours, Moubarak n'a certainement pas oublié son plus grand ennemi : le peuple égyptien. En essayant de détourner l'attention par l'accusation de
menaces fantômes, il croit que la crédibilité qu'il a perdu lors de la guerre de Gaza sera d'une certaine façon restaurée.
Mais il n'en sera pas ainsi. Le peuple ne croira pas non plus à la validité de cette liste d'ennemis ou aux affirmations de ses journalistes recrutés pour cette tâche.
Pourquoi ?
Parce que le peuple sait que lorsque le régime de Moubarak tombrera, cela ne sera pas du à l'intervention de forces extérieures, mais à celles des siennes.
Ranni Amiri 24-26 Avril 2009 - www.counterpunch .org - Ranni Amiri est un commentateur indépendant sur le Moyen Orient. Son email : rbamiri à yahoo dot.com.
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